Prédication du 3 mai 2009

Exode 33, 7 à 11, Jean 15, 5 à 17 et Jacques 2, 14 à 26

Chers frères et sœurs, chers amis,

Une fois n'est pas coutume, surtout quand on a la liberté d'esprit de la retraite et le bonheur exceptionnel d'un retour, mais je vous propose ce matin une méditation dont vous suivrez le fil grâce à un procédé mémo-technique simple, presque scolaire, qui va construire notre réflexion dans la succession de dix points. Soit d'abord un sous-ensemble de quatre, puis un ensemble de trois, suivi de deux points pour terminer par un seul. Au total, si vous m'avez suivi, quatre, plus trois, plus deux, plus un = 10.

Et voici le plan :

« Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis »
Cette parole unique de Jésus n'est rapportée que par Jean, l'auteur du quatrième Évangile. Il est vrai, on le faisait observer aux catéchumènes pour leur montrer par un exemple simple la multiple richesse de l'Écriture, que chaque évangéliste a une dominante dans son style général et le ton qu'il emploie, Matthieu le premier, très pédagogique, a le souci d'enseigner, il fait référence aux Écritures bibliques précédentes, à la loi et aux prophètes, et pour lui Jésus est d'abord un grand rabbi qui enseigne ses disciples : c'est le sermon sur la montagne qui est typique de cette démarche pédagogique d'un instituteur enseignant une classe de disciples.

Marc, ensuite, est l'Évangile de l'urgence, c'est le SAMU évangélique qui va au secours des incrédules et des incroyants pour leur annoncer sans perdre une minute la bonne nouvelle du salut. Marc, c'est toujours « aussitôt » et les envoyés de Jésus sont des coursiers, pas des disciples instruits, mais des envoyés rapides. A la fin du récit de la passion, les femmes s'enfuient du tombeau où vont courir les disciples. Matthieu dit : ÉCOUTEZ BIEN, Marc ajoute : ALLEZ VITE.

Vient alors Luc, le médecin des pauvres et le secours de toutes nos détresses, qui nous apprend combien nous sommes aimés, fils prodigues, paralysés de la vie, affamés de pain, et plus encore de justice avec des béatitudes aussi socialistes que celles de Matthieu étaient religieuses. Pour Luc, les disciples et envoyés de Jésus sont en plus des bienfaiteurs, des consolateurs, des médecins du monde, en quelque sorte.

Vient alors Jean, St Jean, évangile de l'amour, moins de la vérité enseignée comme Matthieu, moins de l'urgence missionnaire comme avec Marc, moins en quête de la justice que Luc, mais évangile de l'amour fraternel, de la communion entre frères, et finalement de l'amitié de Dieu.

« Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis »
Et c'est un grand bonheur pour nous que d'être invités à entrer dans l'amitié du Christ, si on entend par amitié une juste réciprocité dans l'estime mutuelle, une affection sans raison explicite, pour le bonheur d'être ensemble, selon la belle formule de Montaigne avec son ami la Boétie : Parce que c'était moi, parce que c'était lui ». Mais deux grandes figures bibliques avaient déjà anticipé cette relation amicale exceptionnelle, avec Dieu : Moïse dont on nous dit que sur la montagne « il parlait avec Dieu comme un ami avec son ami » et Abraham dont une épître de Paul écrit qu'il avait été appelé « ami de Dieu ».

Oui, « je vous ai appelés amis parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître, je vous appelle amis parce que je vous ai fait connaître ce que j'ai appris de mon Père ».

Ainsi, être amis de ce Jésus qui est notre ami est entrer dans l'intimité, dans l'amitié, dans la proximité, dans la confiance de Dieu lui-même, et avoir confiance en lui, c'est vraiment le connaître comme l'ont rappelé en leur temps les Réformateurs du XVIe siècle. Ils furent aussi des amis de Dieu autant que des disciples, apôtres et docteurs de Jésus Christ.

Cette « amitié » chrétienne dont rayonne la bonne nouvelle selon St Jean dans son Évangile et ses Épîtres concernerait alors aussi, et c'est mon deuxième point, les trois grandes religions monothéistes : le dialogue ou la guerre entre les religions sont vraiment à l'ordre du jour, dans le désordre de la nuit : querelles avant hier entre protestants et catholiques, anti-judaïsme religieux et antisémitisme barbare hier et pas encore éteint, et que dire des problèmes de toute sorte avec l'islam en croissance ? Nous devrions alors, justement au nom de l'amitié de Dieu, essayer de considérer dans chaque religion autre que la nôtre ce qu'elle a de positif, aucune religion n'étant ou n'ayant été exempte des excès du fanatisme et de l'intolérance. Un historien et philosophe des religions, Jacques Berque, sauf erreur, avait caractérisé ainsi nos trois grands monothéismes : la foi juive est marquée par l'espérance, par le sens de l'histoire habitée par les promesses de l'alliance, un avenir, un peuple et une terre.

Le christianisme, quant à lui, serait malgré tout caractérisé par la fraternité entre les enfants d'un même Père, disons par l'amour, la communion, la charité, tant nous avons de mots en grec comme en latin ou en français pour dire cette affection profonde que pourrait en un sens résumer l'amitié de Jésus pour ses amis, et l'amitié de Dieu pour tous les hommes, sa philanthropie. Quant à l'Islam, qui est venu après les deux autres et qui dit les accomplir, il est vrai qu'il propose et parfois impose la foi absolue en un seul Dieu de la totalité et qui demande à ses sujets une obéissance parfaite et simple selon quelques préceptes élémentaires.

Devant cette riche diversité des réponses humaines au problème de Dieu, il conviendra de remplacer la concurrence par la convergence, la conquête par la requête, le duel par le dialogue et l'inimitié par l'amitié !

Quatre évangiles, trois religions, j'en arrive ainsi à mon troisième point, qui sera moins long en attendant le quatrième qui sera plus bref !

Car c'est bien par deux que Dieu nous a créés, comme Adam et Ève, au commencement, et deux par deux que Jésus envoie les disciples ; et Pierre sera avec son frère André, puis Paul avec Barnabas, et Timothée, et Tite, jamais seul puisque l'homme est parole, parole de Dieu il donne des noms et il appelle, toi qui, toi qui es celle qui, toi qui es celui qui, toi qui es le miroir de mon image, l'écoute de ma parole et la main qui répond à la main qui se tend. Jamais l'un sans l'autre, sinon il n'y a plus personne, et s'il y avait un « enfer » il ne serait pas les autres, mais leur absence totale et définitive.

Cette perspective appelle un dialogue entre nous chrétiens, comme l'a bien favorisé le mouvement œcuménique, mais plus encore un dialogue entre les religions, dialogue à deux, certes, comme avec l'amitié judéo-chrétienne, mais il faut intégrer l'islam, dans notre société, et plus tard sans doute les religions ou les philosophies de cette Asie qui s'éveille et va nous réveiller.

« Je vous appelle amis », c'est une parole pour tous les hommes entre eux, et si nous sommes amis, dans nos communautés et nos patries, dans nos familles et nos cités, c'est bien qu'en définitive il y a un seul Dieu et Père de tous, qui nous invite à l'amitié, qui donne sa vie pour ses amis, comme notre grand ami, un soir de Pâque, donna à ses amis, une douzaine à l'époque, un peu de pain à partager et de vin pour la soif comme nous allons le chanter,

Ainsi soit-il
Extraits de la prière de St Jean Chrisostome

Michel LEPLAY

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