Prédication du 20 avril 2008

Actes 6, 1 à 7 et Jean 14, 1 à 12

Frères et sœurs,

" Je suis le chemin, la vérité, la vie " dit Jésus à ses disciples. Je suis le chemin. Personne ne va au Père que par moi. Ce Jésus de Nazareth, Dieu l’a ressuscité, il a donc reçu du Père le Saint Esprit et il l’a répandu au milieu des hommes.

Les églises se constituèrent dirigées par l’Esprit du Seigneur. Elles se multiplièrent et s’organisèrent. Mais tout n’alla pas pour le mieux, les disputes ne manquèrent pas, car leurs assemblées n’étaient pas homogènes en Israël. Luc l’auteur présumé du livre des Actes nous parle de deux groupes constituant l'église de Jérusalem, les Hébreux et les Hellénistes. On les distinguait par la langue, les Hébreux parlaient l'araméen, quant aux Hellénistes ils s’exprimaient en grec. Les hébreux étaient nés en Palestine les Hellénistes en dehors du territoire palestinien, leurs sensibilités étaient différentes, les Hellénistes étaient beaucoup plus ouverts que les Hébreux héritiers du culte judaïque, de ses rituels et de ses cloisonnements. Ces deux sensibilités s’opposaient en ce qui concerne les veuves du groupe Helléniste pour lesquelles les aides diaconales étaient moins généreuses. Cet incident pouvait diviser l'église, mettre à mal la communion ecclésiale Il fallait le neutraliser. On créa le groupe des sept mandataires de l’église pour résoudre avec sagesse le problème posé et ne pas égarer la communauté vers une division en poursuivant comme il se doit, le service de la prière et de la parole. La Bible est d’une extraordinaire actualité, on y retrouve les caractères principaux de notre pratique ecclésiale non pas que nos veuves soient en cause mais du fait des discordances qui peuvent surgir dans l’église.

Car l’église chrétienne est une réalité complexe et paradoxale. Elle est à la fois visible et invisible, elle est aussi une institution et un évènement ! Elle est aussi un rassemblement et une dispersion, un envoi en mission.

Visible elle l’est avec ses temples, ses assemblées, ses sacrements. Elle est en Occident l'organe où s’exerce la fonction religieuse. Mais elle est surtout corps mystique invisible construit autour du Seigneur. Elle a pour horizon le Royaume. Elle est écoute de la Parole et siège de l’Espérance.

L’église est institution, organisation orientée vers la Parole prêchée et la Cène célébrée. EIle ne peut se passer d’une structure à l'image de l’institution des Sept que la Réforme a orienté vers le système presbytéro-synodal où toute décision est collégiale, où tout donne lieu à délibération qui est par nature perméable à l’intervention de l’Esprit. Cette organisation des églises peut produire du lien social, favoriser le vivre ensemble et à ce titre séduire les politiques et ce en contradiction avec le principe de la laïcité. Un prêtre disait Portalis, le ministre du culte de Napoléon auteur du concordat de 1801, équivaut à dix gendarmes. Je n’ose aller plus loin et dire avec un orgueil tout protestant qu’un pasteur réformé vaut bien une compagnie de C.R.S. pour policer la société.

Pourtant l’église n’existe que par la prédication de Jésus annonçant au monde la Bonne Nouvelle et la venue du Royaume. Fondamentalement l’église est cet évènement de la Parole de Dieu annoncée aux hommes. Comment imaginer que ce don spirituel puisse être soumis à une institution. Les prédicateurs libéraux ont tendance à définir l’église comme cet espace vide qui sépare les fidèles de la chair de parole où il est tenté d’annoncer la Parole de Dieu. Il est important que l’église reste ouverte.

L’église est aussi un lieu de réunion et de dispersion. Lieu de réunion c’est sa définition : église eccl ésia en latin, équaleo en grec qui désigne une assemblée de citoyens. Une assemblée convoquée pour entendre la Parole de Dieu. " Il est doux, il est agréable pour des frères de demeurer ensemble " dit le psaume 133. Mais cette église qui avant la chrétienté était dispersée au milieu du monde païen on la retrouve aujourd'hui caractérisée par la dissémination des petites communautés. Mais cette dispersion n’est elle pas la véritable vocation de l’église. " Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyé dans le monde ". L’église doit être replacée dans une perspective missionnaire, dans une perspective d’annonce, d’évangélisation et de rayonnement. L’église est un lieu ouvert comme l’indique étymologiquement le terme paroisse avec lequel on la confond. Paroisse vient du grec paroiquia qui signifie lieu de passage ce qui nous rappelle que nous devons être en mouvement, tous des voyageurs sur cette terre nous rappelant l'annonce faite par Dieu à Abraham : " Lève les yeux, regarde c’est le pays que je te donne, habite-le, parcours-le, partage-le ". Mais cette dispersion n’est pas désordre, ni division, elle est la marque de la promesse de Dieu qui est première. Jésus était seul avec ses disciples pendant son ministère, comme le prédicateur missionnaire est seul, comme les chrétiens qui évangélisent sont seuls et séparés de leurs frères.

L’église est visible avec ses assemblées et ses temples, elle est institution normative et rassemblement. Mais elle est aussi invisible, évènement et mouvement.

La communauté chrétienne n’est pas une association de bons amis qui se réunissent périodiquement pour échanger, disserter, se cultiver, s’instruire La communauté chrétienne n’est pas un club. Certes on encourage dans les églises les réunions festives, repas pris en commun, pots d’accueil, mais ce sont des activités d’appel destinée à amorcer le mouvement d’union. Là n’est pas l’essentiel. La communauté chrétienne est avant tout une communauté en Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Le croyant sait au premier chef qu'il est coupable et sauvé et que cela ne vient pas des hommes mais de Dieu seul par une justice supérieure que les réformateurs qualifiaient de " justice étrangère " Jésus Christ, médiateur nous ouvre le chemin vers Dieu et vers nos frères Lui seul crée notre union par l’acte rédempteur dont nous sommes les bénéficiaires. Car la fraternité chrétienne n’est pas un idéal humain mais une réalité spirituelle donnée par Dieu comme l’écrit Dietrich Bonhoeffer.

Elle n’est pas une réalité psychique. Dieu n’est pas le dieu des émotions sentimentales mais un Dieu de vérité. Cette communauté n'est pas une rêverie pieuse qui nous fait exiger l’impossible de Dieu comme des autres et de nous-mêmes, une rêverie qui fait de nous des êtres durs et prétentieux car au nom de notre rêve nous posons à l’Eglise des conditions et nous nous érigeons en juges de nos frères et quand les choses ne vont pas suivant notre rêve, nous refusons notre collaboration quitte à accepter que l’église s’écroule. Un frère coupable reste un frère. Soyons sans réserve, reconnaissants à Dieu pour son don et refusons cette attitude trop fréquente de plaignant perpétuel.

Oui la fraternité chrétienne est une réalité spirituelle qui vient de Dieu seul. Elle n’est pas l’expression de nos désirs, de nos vertus et de nos capacités naturelles. Elle est bien au-delà. Dans la communauté spirituelle l’amour aime l’homme à cause du Christ. Dans la communauté psychique l’amour aime l’homme en raison seulement d’un rapport direct pour lui-même, comme son bien, comme une proie à gagner, dans un souci de conquête

L’amour qui est en Jésus-Christ peut seul atteindre le prochain. Le mien seul ne le peut pas. Entre le prochain et moi, il faut qu'il y ait le Christ. Cette expérience unique du Christ médiateur nous devons tous y croire et l’espérer.

Je me souviens du témoignage d’un frère de Thésée qui avait vécu au moment de la guerre à Philippeville, ville moyenne de l’est algérien. Dans la paroisse réformée de ce lieu, se côtoyaient chaque dimanche, des pieds noirs, très sensibles au problème de l’Algérie française et des métropolitains fonctionnaires ou autres, sans attaches sur place qui considéraient l’indépendance de l’Algérie comme une issue normale au conflit. Et bien ces gens et notamment les pieds noirs, bouleversés par les évènements, atteints parfois dans leur chair, pouvaient trouver une véritable communion avec leur frères venus d’ailleurs au moment de la Cène. Dieu présent au milieu de nous dans le cercle eucharistique.

Et puis l’exemple de ce pasteur à Auteuil à qui un paroissien se confiait, indiquant qu’il n’était pas digne de participer à la Sainte Cène étant donné ses fautes et ses insuffisances. Il lui a été répondu que la communion eucharistique n’était pas réservée aux seuls bien-portants mais à tous quelque soit leurs faiblesses et surtout du fait de leurs faiblesses.

Et puis nos différences politiques, sociales, économiques souvent aiguës et conflictuelles sont tues ou plutôt retenues avec pudeur pour maintenir cette foi et cette espérance commune, véritable colonne vertébrale de l’église. Car c’est la foi qui confère à l’être sa véritable existence, qui permet de trouver le Christ et de faire confiance à la miséricorde de Dieu. Le fidèle doit refuser la parole à ses pensées nuisibles qui comparent le uns aux autres qui les jugent et les condamnent. Ne façonnons pas le prochain suivant l’image qui nous parait convenable à travers un filtre personnel. Acceptons le filtre du Christ qui est celui de la miséricorde.

Nous sommes tous les maillons d’une même chaîne entre les mains du Seigneur.

Amen.

Philippe DERVIEUX

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