Prédication du 17 mars 2013

Jean 9, 1 à 17

Chers amis,

Nous sommes dans le temps du ministère de Jésus et même à l'orée du temps de Pâques. Jésus parcourt avec ses disciples la Galilée, la Judée revient au temple de Jérusalem, à la rencontre du peuple, se heurtant de plus en plus aux juifs se trouvant sur son chemin, choqués sans doute par les paroles nouvelles qui leur sont adressées. La tension souvent monte et parfois Jésus est obligé de se cacher pour échapper aux pierres qui lui sont lancées. Mais il poursuit son ministère avec fidélité, annonçant la bonne nouvelle au gré de ses rencontres malgré ce climat souvent hostile, sans se détourner de la mission divine qu'il s'est fixée.

C'est ainsi qu'il rencontre un aveugle né. Ses disciples le questionnent sur l'origine de son infirmité. La réponse n'est pas aisée. Parfois on peut estimer une infirmité particulière qui peut être la sanction d'une faute passée. Mais là en l'espèce, pourquoi ?
Dans le cas d'une malvoyance de naissance ?

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Pourquoi cette malvoyance. Deux questions se posent. Quelle en est la cause ? Où se trouve la faute ? La bible est toujours prémonitoire, c'est la parole de Dieu. L'esprit cartésien était déjà là ainsi que l'esprit d'une justice rétributive. Tu as fait le mal, maintenant tu payes.

Question des disciples sans doute inspirés par l'esprit grec, l'esprit logique, l'esprit raisonneur qui veut tout expliquer. Pourquoi ? Pourquoi ? Mais ce n'est pas facile ! Quelle cause ? Quel coupable ? Il faut savoir, il faut connaître, peut être pour se venger, peut être aussi pour expliquer ; pour rassurer et éviter que les mêmes causes entraînent les mêmes effets. Ainsi, peut-être on peut s'efforcer par cette connaissance d'influencer le devenir du monde et l'homme se grandit en rêvant d'une puissance et d'un bonheur nouveau.

Mais quel coupable d'abord pour l'aveugle né. Ce ne peut être un péché de l'aveugle né à moins qu'il ait commis une faute pendant sa gestation. Ce n'est pas satisfaisant. Il ne peut y avoir de faute puis qu'il ne peut y avoir ni auteur ni antériorité. D'ailleurs nous pouvons voir des scélérats, des mauvais qui prospèrent et ne semblent pas atteints par la justice rétributive. Ainsi que des justes qui souffrent des pires maux. Comme ses dames patronnesses que l'on rencontre parfois dans les couloirs des hôpitaux et qui proclament abusivement que les souffrances de la fin de vie sont le juste prix du péché commis.

Il y a aussi l'explication indoue qui attribue à chacun plusieurs vies et le péché dans une vie peut justifier un châtiment subi dans une vie ultérieur. Mais je crois que cette théorie des vases ou des vies communicantes correspond à une conception très particulière de la divinité.

On peut aussi évoquer avec l'ancien testament et le décalogue d'autres explications.

Dans l'ancien testament, on ne méconnaissait pas le phénomène de l'hérédité. Rappelons les versets du prophète Ezechiel que nous avons lu : « Les pères ont mangé des raisins verts et les enfants ont eu les dents agacées ». Ce que le prophète dénonce vigoureusement.

Et le décalogue utilise le même procédé mais dans l'autre sens. Les fautes seront retenues jusqu'à la septième génération. Donc ne regardez pas au passé avec Ezéchiel mais regardez vers l'avenir avec le décalogue. L'un et l'autre se complètent. Ezéchiel, en réduisant le champs du passé, le décalogue en étendant celui de l'avenir. Ne regardez pas en arrière mais en avant.

Oui le péché n'intéresse pas Jésus. Notre Seigneur est avec la lumière. Une infirmité est pour lui est un signe du Royaume. Ce qui est négatif se transforme en promesse du Royaume qui vient.

Ce serait un grand progrès pour nous d'accéder à ce miracle. Au lieu de nous perdre dans le dédale des causes, de nous enfermer dans le problème du mal ; discernons sans équivoque la lumière dans l'inconnu du futur.

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Car voici une nouvelle explication, celle de Jésus àsavoir que le mal et le péché de naissance n'ont été permis que pour que la grâce de Dieu se manifeste.

Tous les hommes portent le péché originel. C'est le péché de tout homme,borné, aveugle à la fois séparé par ses haines et par ses craintes, et mêlé, à tout par ses désirs, par ses attachements et par son entraînement dans un courant commun.

La justice humaine considère l'homme comme une unité artificielle, une unité homogène ce qu'il n'est absolument pas.

Mais pour la justice divine, l'homme manque de cohérence. Il est roulé sans commencement ni fin sans but et sans liberté. Alors que fait Jésus, il mêle la terre à sa salive. La salive c'est le vecteur du verbe, le vecteur de la parole collée à notre terre à notre humaine condition, elle va produire la lumière et posée sur les yeux de l'aveugle, elle va lui rendre la vue. Mais cela ne suffit pas. Il faut passer par la fontaine de Siloe. Il faut passer par la fontaine de purification de « l'envoyé ». Il ne suffit pas de prier, de recourir aux sacrements. La prière et la puissance des sacrements n'opèrent pas. Elles restent sans effets si l'on ne fait pas la volonté du Père. Alors l'aveugle rentre dans sa mission. Il devient « l'envoyé » qui tout bonnement et tout bêtement indique qu'il voit. Et Jésus lui demande « crois tu au fils de Dieu toi qui a devant les yeux ce que tu cherches ». L'aveugle acquiert la seconde vue et le miracle se produit.

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Revenons à notre point de départ. Jésus rencontre un aveugle de naissance. Les disciples ont demandé qui était le coupable. Cela ne correspond pas à une recherche orthodoxe.

En effet, en bonne  théologie israélite, on ne cherche pas la cause du mal, mais le moyen d'en sortir. Le problème n'est pas le passé mais le futur. La question est de redessiner l'avenir.

Pourquoi les disciples ont-ils posé cette question qui relevait plus d'un raisonnement grec que d'une démarche juive qui constate plutôt qu'elle explique. Mais l'esprit grec, l'esprit logique, je dirais même l'esprit scientifique, avait contaminé la pensée juive. On s'était mis à regarder en arrière quitte à sacrifier l'espérance.

Jésus récuse les méthodes qui consistent à chercher le coupable, qui consistent à fouiller dans les tombes ainsi que tous les systèmes où en se situant comme spectateurs ou témoins irresponsables, nous accusons les parents, les grands parents et la société tout entière.

Jésus récuse les disciples de Freud qui mettent les parents comme il récuserait les disciples de Marx qui se retournent contre la société. Regardez toujours en avant. Ne faites pas comme les autres dans le monde, ne préférez pas vos idées à la réalité qui s'impose, celle d'un Dieu avec nous, qui pardonne et nous aime.

Jésus n'est pas la lumière d'un troupeau, d'une secte, d'une église mais il est celui qui éclaire tous les hommes.

Et cette lumière n'est pas loin dans le ciel mais en chacun d'entre nous, dans notre intelligence. Les juifs et les pharisiens ont d'ailleurs pressenti que Jésus n'était pas un chef d'église, un grand rabbi un super Moïse mais qu'il était surtout un inconnu, un jamais vu, un jamais entendu, oui Jésus était vraiment un tout autre.

C'est pourquoi, ils préfèrent être les disciples de Moïse. Ils sont alors surs de voir, surs de savoir tandis que Jésus et les quelques un qui le suivent leur paraissent aveugles, pécheurs, indécrottables, en un mot incurables.

Cette assurance qui est la leur, c'est le péché de l'homme qui sait, qui prend l'innocent pour un pécheur, qui a toujours en réserve une loi ; un code, un système, une vérité pour lui permettre de décider de ce qui est blanc et de ce qui est noir.

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Oui, Jésus est le provocateur de ces hommes qui se réfèrent à une idéologie réputée infaillible. Mais cette provocation ne mène pas à une vérité dont on est propriétaire, mais une vérité qui permet de voir le dessous des choses. Parce que nous restons guérissables, parce que nous prenons le temps de chercher, de voir, de déceler, parce que nous voyons souvent que nous ne voyons pas, parce que nous savons que nous ne savons pas mais que par la foi nous essayons de ne pas être des incurables, et c'est là notre espérance.


Amen

Philippe DERVIEUX

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