Prédication du 7 octobre 2007

Seigneur, augmente-nous la foi ! - Luc 17, verset 1 à 6

17.1 Jésus dit à ses disciples : Il est impossible qu'il n'arrive pas des scandales; mais malheur à celui par qui ils arrivent ! 17.2 Il vaudrait mieux pour lui qu'on mît à son cou une pierre de moulin et qu'on le jetât dans la mer, que s'il scandalisait un de ces petits. 17.3 Prenez garde à vous-mêmes. Si ton frère a péché, reprends-le; et, s'il se repent, pardonne-lui. 17.4 Et s'il a péché contre toi sept fois dans un jour et que sept fois il revienne à toi, disant : Je me repens, -tu lui pardonneras. 17.5 Les apôtres dirent au Seigneur : Augmente-nous la foi. 17.6 Et le Seigneur dit : Si vous aviez de la foi comme un grain de moutarde, vous diriez à ce sycomore : Déracine-toi, et plante-toi dans la mer; et il vous obéirait.

Chers frères et sœurs,
C'est comme un gémissement des apôtres : Seigneur, augmente-nous la foi ! Parce que notre foi est trop petite pour supporter les déceptions de la vie paroissiale. Il y a des gens qui ne changent jamais, des gens qui reviennent sept fois, trente-six fois vers nous avec les mêmes fautes. Ils n'apprennent jamais, il n'y a aucun progrès dans leur vie spirituelle, aucune sanctification. Cela tourne toujours en rond. On n'en peut plus ! Ne faut-il pas perdre patience un jour ? Leurs mauvaises habitudes se sont enracinées comme les racines d'un sycomore. Et le sycomore a vraiment des racines profondes, avec cela il peut persister pendant des siècles.

Et nous, les apôtres, tous ceux qui ont une petite responsabilité dans l'Eglise, nous qui croyons au progrès, avec notre impatience de faire plus, avec notre impatience d'évoluer, ou bien nous aussi avec nos mauvaises habitudes, cela aussi s'est enraciné. Chacun de nous a son sycomore. Au fond nous sommes tous des sycomores. L'homme ne change jamais. Donc, notre foi est trop petite pour supporter ces faibles-là qui ne sortent jamais de leurs habitudes.

C'est bien l'image d'une congrégation d'aujourd'hui. Et en utilisant le terme " apôtre " au lieu de " disciple " notre évangile voulait refléter la situation d'une église qui est en train de se constituer.
Donc : Augmente-nous la foi, Seigneur. Il faut augmenter la dose de médicaments quand la fièvre monte. Une prière presque désespérée.

Donc : Qu'est-ce que c'est, la foi ? Y a-t-il une grande foi et une petite foi ? Y a-t-il une foi qui compte par sa quantité ? Celui qui croit seulement un peu aurait par conséquent une foi négligeable, une foi qui ne compte pas ? Comme cette jeune fille qui dit à sa maman : Je suis un peu enceinte. En attendant que la mère dise : Bon, ce n'est pas grave ? Cela ne compte pas ? On est seulement enceinte quand on ne peut plus cacher la grossesse ? - Mais non ! Quand on est enceinte, on est enceinte ! - Quand on a la foi, on a la foi.

Je crois que le Seigneur veut nous encourager. Ayez confiance en votre foi, aussi petite qu'elle soit. Une petite foi, petite comme une graine de moutarde, petite comme un grain de poussière, elle peut faire l'impossible. Ne méprisez pas votre foi, ne négligez pas ce qui est est déjà en vous, cette confiance. C'est la qualité qui compte. Parce que c'est la petite parole qui change une vie. C'est l'idée qui ébranle les systèmes.

Nous avons tous vu les images des moines en Birmanie. Pieds nus, avec une bouteille d'eau, une assiette vide pour demander la nourriture, ils ont protesté contre une dictature inhumaine. Des pauvres. Des religieux sans armes. Qu'est qu'ils peuvent faire contre la dictature ? Le pouvoir, dit Mao-dze-Dong, vient des canons. Qui aura raison, Jésus ou Mao ? On va voir. Une petite foi peut déraciner même un régime incrusté.

Ayez confiance en votre petite foi et elle peut faire l'impossible. Elle peut arracher le sycomore des mauvaises habitudes. Elle peut changer une vie. Et cette vie peut se vivre dans un nouvel entourage.

Parlons un peu de ce nouvel entourage. Le Seigneur dit que c'est la mer. Je trouve que notre texte d'aujourd'hui n'est pas seulement une parole pour les apôtres qui sont bien installés, bien enracinés. C'est également une parole d'encouragement pour ceux qui sont déjà déracinés. Je pense aux réfugiés. Je pense à tous ceux qui ont du quitter leur sol natal, pour des raisons politiques, à cause de la guerre, de la famine, de la persécution. Le vingtième siècle et jusque maintenant le nôtre sont les siècles des réfugiés. Je pense à ceux qui traversent littéralement la Mer Méditerranée pour s'enraciner de nouveau dans un sol plus favorable. Et comme aujourd'hui nous pensons surtout à l'Arménie : Les Arméniens qui ont survécu au génocide il y a 90 ans, ne sont-ils pas toujours des déracinés ? Des gens qui vivent dans la diaspora, dispersés. Même ceux qui sont nés ici, dans la deuxième et dans la troisième génération se trouvent toujours dans la diaspora. Et nous connaissons beaucoup d'Arméniens français qui veulent voir " leur pays ", le petit bout de terre dans le sud du Caucase qui reste de la grande Arménie. Comment peut on s'enraciner dans la mer ?

Comme je suis moi-même réfugié et comme je suis aussi dans l'étranger, avec une bonne place quand même, bien sûr, mais je ne suis pas tout à fait chez moi, je me suis souvent posé cette question : Comment peut-on vivre dans la mer de cette vie sans se noyer ? Et si nous sommes honnêtes, nous devons tous dire que notre existence est bien menacée. Etre enraciné éternellement comme un sycomore, c'est au fond une illusion. La glace sur laquelle nous patinons est bien fragile. L'avenir pour la plupart des gens est bien incertain.

Comment peut on vivre dans cette mer d'incertitude ? La réponse de Jésus est la petite foi. Sans cette petite foi tu te perds vraiment dans la vie. Et cette petite foi est tout à fait suffisante pour ne pas sombrer. Pour parler des Arméniens de la diaspora : L'institution qui leur a donné la force de survivre, c'était l'Eglise, l'Eglise dans sa diversité, avec sa parole de la foi. Quand il n'y avait plus de structures de la société, il y avait encore la parole. Parfois dans une vieille langue incompréhensible. Parfois des Arméniens de Turquie, des déracinés qui ne parlaient plus leur langue maternelle, n'ont trouvé dans le christianisme qu'une petite graine de foi. Une quantité minime, même aujourd'hui, mais c'est assez pour survivre.
Nos frères et sœurs africains, la première chose qu'il font quand ils sont plusieurs à l'étranger, c'est de former une congrégation, pour entendre et pour chanter la parole de la foi.

Revenons à l'Arménie. Quand le gouvernement du Karabakh nous a demandé de nous occuper de tout un village nous avons dit " Oui ", mais au fond nous ne savions pas comment réaliser tout le travail. Et il y avait des gens qui ont dit : Vous vous occupez d'un seul village. Mais au Karabakh il y en a une centaine. Est-ce que cela vaut la peine de commencer ? Puis nous avons commencé à donner des vaches aux plus pauvres. A huit familles nécessiteuses. Mais il y avait une trentaine d'autres pauvres qui voulaient être aussi sur la liste. On avait ébranlé l'équilibre de la pauvreté. Et puis les enfants des écoles bibliques ont donné un peu de leurs tirelires, pour un morceau de vache. Un enfant avait quelques centimes, mais il les a donné pour un bout de la queue d'un veau. Et quelques adultes nous ont dit : Pour le développement il faut de grosses sommes. A quoi ces petits dons servent-ils ? - Bien sûr.

Mais il y a une chose qui m'a vraiment touché et qui me touche toujours. Les Arméniens ont tourné un petit film de la colonie de vacances au Karabakh, la première pour les enfants. Et à la fin de ce film il y a un petit remerciement : Nous remercions Madame et Monsieur Untel, citation : " qui ont cru au développement de notre village ".

Croire au développement, voilà la petite graine de la foi. Croire en l'homme, parce le Seigneur croit en lui. Croire en nous-même, parce que le Seigneur croit en nous. Croire en cette petite graine de la foi, qui se trouve en nous, parfois sous les décombres de beaucoup d'échecs, une foi comme un grain de poussière. " Et vous diriez à ce sycomore : Déracine-toi, et plante-toi dans la mer; et il vous obéirait ".

Amen.

Pasteur Volkmar JUNG

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