Prédication du 8 juillet 2012

II Samuel 12, 1 à 7, Marc 4, 1 à 20 et Galates 5, 22 à 25

Chers frères et sœurs, chers amis,

Deux choses sont certaines dans la Bible.
D'abord, dans les Evangiles du Nouveau Testament, jésus a très souvent parlé en paraboles, avec un tel style que ses auditeurs les ont retenues et que les évangélistes les ont rapportées telles quelles. Il n'y a pas d'invention, sinon la mise en contexte et parfois un élément d'explication.

Ensuite, on peut estimer sans se tromper que ces histoires nous sont bien rapportées comme Jésus les a prononcées. Ces paroles de paraboles sont à peu de chose près ce que Jésus a dit, selon la formule latine des savants, "ipsissima vox", c'est la voix elle-même, la voix vive et vivante que nous entendons encore aujourd'hui. Ce qui procure un grand repos au prédicateur mais devrait engendrer une non moins vraie attention chez les auditeurs...
« Que celui qui a des oreilles entende... »
« Ecoute, Dieu te parle... »
« Il leur enseignait en paraboles ce qui concerne le Royaume de Dieu »

« Il en est du royaume de Dieu comme d'un homme qui sortit pour semer... » Oui, « il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles ».
Or je remarque que l'enseignemaent est bien dans la tradition chrétienne, protestante et réformée. Calvin définit son catéchisme comme « le formulaire d'instuire les enfants dans la religion chrétienne ». Et il faut entendre par enfants, moins les petits et les jeunes, que tous les croyants qui sont catéchumènes jusqu'à la fin de leur vie, comme aimait à le dire Luther. Et le genre de la parabole s'applique bien à une catéchèse de 7 à 77 ans, avec 10 à 20 années de plus pour nos générations actuelles...

A noter encore que dans d'autres familles chrétiennes, l'accent est moins mis sur l'enseignement que sur la célébration, l'adoration ou l'évangélisation et le prophétisme, voire le prosélytisme. Mais je passe.

Je résume cette typologie oecuménique.
Pour les protestants, une invitation à l'auditeur pour qu'il entende l'enseignement : Écoute, Dieu te parle.
Pour le catholicisme, c'est davantage une prescription de foi, "Dieu te parle, écoute son Église...".
Enfin, pour les évangéliques, c'est plus simple et personnel : "Tu peux parler à Dieu, il t'écoute..."
Mais quelle que soit la communauté et sa tradition, la parabole est le moyen d'expression le plus universel qui soit - juste après la musique - encore faut-il essayer de préciser, mais simplement, ce qu'on entend en général par parabole.

Car sous des apparences de simplicité, le mot est difficile à comprendre dans son étymologie. Et voilà que je complique ce qui devrait rester simple comme l'enfance. Enfin, pour définir ce qu'est une parabole, le dictionnaire parle de, je cite : "récits allégoriques dans lesquels se cache un enseignement" Robert p.1421. Certes, l'allégorie appelle une similitude pour chaque détail du récit imagé, alors que la parabole comme la fable enseigne plutôt une dynamique générale. C'est toute l'histoire inventée et racontée qui donne sa dynamique à l'enseignement, comme dans une fable bien connue que je vous lis sans le talent de LUCCHINI !

La Cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
"Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'août, foi d'animal,
Intérêt et principal. "
La Fourmi n'est pas prêteuse :
C'est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
- Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
- Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien! dansez maintenant.

cette parabole ou fable du siècle de L.ouis XIV vaut encore pour nous, européens entre les fourmis nordiques et les cigales méridionales.
Enfin je n'oublie pas de mentionner, car il y a des scientifiques parmi vous, qu'en mathématiques la parabole est une courbe qui décrit une trajectoire. Et en terme de communications sans fils, c'est une antenne de télévision, sur le balcon ou sur le toit, et qui permet de capter, de capturer, tout ce qui est enseigné en bien ou en mal, de près ou de loin.

Avec les paraboles de Jésus, mot à mot rapportées par les évangélistes, nous recevons un enseignement qui appartient à une autre réalité que celle qui est racontée : la parabole du semeur, par exemple, n'est pas un traité de savoir-faire agricole pour paysan inculte, mais à partir d'une observation exacte sur une autre réalité, celle du royaume de Dieu. La similitude n'échappe à personne. Il en est du Royaume de dieu comme d'un homme qui sortit pour semer... comme d'un homme qui sème la plus petite des semences, comme d'un berger qui a cent brebis, comme d'une femme qui a dix perles à son collier, il en est du Royaume de Dieu comme d'un homme qui avait deux fils, ou comme d'un vigneron à l'époque des vendanges, etc.

Si j'en reste à notre parabole du semeur, elle est largement traitée dans l'Evangile de Marc, en trois parties, d'abord la parabole elle-même, puis des réflexions que je ne vais pas éluder, et enfin pour les disciples une explication détaillée.

Lecture des versets 10 à 12.

Voici une distinction entre "ceux ddu dedans" qui ont compris et sont sauvés - entendons par sauvés ceux qui échappent au désespoir du non-sens et trouvent leur salut dans l'écoute de la Parole de Dieu...
Donc, après ceux du dedans, "ceux du dehors" qui n'ont pas accès au bonheur du Royaume de Dieu parce que en entendant, ils ne comprennent pas. Et cette distinction est établie par Dieu lui-même; semble-t-il. Chers amis, une telle conception du Règne de Dieu et de la distinction entre ceux du dedans et ceux du dehors est complètement étrangère à la mentalité actuelle, et pour deux raisons.
D'abord, historiquement, il est clair pour l'évangéliste Marc que les Juifs, contemporains de Jésus et auditeurs de ses paraboles n'ont pas dans leur majorité compris et reçu son message. Sans oublier cette évidence que toute la famille de Jésus comme tous ses compagnons sont bel et bien des Juifs du pays d'Israël et de la descendance de David. Mais pourquoi certains ne comprennent-ils pas ?

Nulle trace ici d'un antisémitisme initial, mais simplement un constat historique, de l'ordre de la sociologie de la religion, dirait-on aujourd'hui : pourquoi tous les français ne sont-ils pas catholiques, ou, se serait mieux, pourquoi tous les français ne sont-ils pas protestants ? Il y a donc ceux du dedans et ceux du dehors. Mais nous sommes si imbus de l'idéal d'égalité et de fraternité que cette distinction nous semble inacceptable. D'où l'adage : "Dieu seul reconnaitra les siens". Je suis d'accord.
Cette distinction est pourtant réelle, c'est un fait observé et puisque notre société multiculturelle moderne a un problème avec les différentes religions, au lieu de nier les différences entre ceux du dedans et ceux du dehors, mieux vaut gérer nos différences dans le respect des identités et des sincérités. Nous avons à apprendre la tolérance, qui est la patience de la modestie intellectuelle, et qui n'exclut pas les convictions à la fois humbles et solides.

De même que les paraboles empruntent aux règnes animal, végétal et minéral, de même notre diversité est préciseuse, avec une dominante végétale et verte pour le protestantisme, alors que les catholiques se reconnaissent dans la pierre fondatrice de l'Église...

Et vous maintenant, chers amis, qui avez entendu cette parabole et quelques commentaires à son sujet, vous maintenant, écoutez car Dieu vous parle. Que chacun, chacune, en son for intérieur, au plus intime de soi, dans la conscience secrète, la chambre dont la porte est fermée, que chacun se demande comment il reçoit la Bonne nouvelle de l'Évangile : Dieu t'aime, Dieu te pardonne, Dieu te renouvelle, Dieu te reprend en main, Dieu t'accompagne, dans tes bonheurs et tes chagrins, dans ta vraie faiblesse et tes faux pouvoirs, dans ta fragilité ultime qui est le prix de la vie sans prix. Comme chacun, tu es menacé opar l'accueil superficiel, ou le manque de terre, ou la sécheresse, ou les oiseaux, enfin tous les opposants à la germination en toi de cette Parole d'amour et de grâce. Veux-tu faire silence, pour écouter le blé qui pousse et fait moins de bruit que l'arbre qu'on abat ? Veux-tu croître dans la bonne terre du Royaume de Dieu pour porter ces fruits de l'Esprit que sont "l'amour, la joie, la patience et la paix, la bonté et la bienveillance, sans oublier la foi, la douceur et la maîtrise de soi... (Galates 5, 22). Ainsi soit-il.

Michel LEPLAY

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