Prédication
du 1er janvier 2012

Genèse 13, 14-18 - Hébreux 11, 8-11 - Luc 9, 31-62

Frères et soeurs

Premier janvier 2012. Traditionnellement. Bonne année avec tous nos voeux, comme on dit bonjour, bonne journée, sans grande solennité, bonne semaine pour encourager nos activités ; on ne dit pas bon mois mais seulement bonne année, en attendant que notre espérance de vie nous permette un jour de dire «bon siècle» !

Parce que là alors, nous changeons d'échelle dans notre imaginaire et nous passons à autre chose, parce que les temps nouveaux sont déjà là depuis la venue de notre Seigneur. Il a fallu qu'il vienne pour que l'on puisse contempler la gloire de Dieu ! Qui était Dieu ? Un esprit, une parole ! Et cette parole est venue habiter parmi nous. Et c'est cela la bonne nouvelle qui a précédé tous les premiers janvier du monde.

Que deviennent donc alors la bonne année, l'éternelle bonne année, nos souhaits, nos voeux du 1er janvier, que je ne décrie mais qui sont bien entendu une forme de salutation où s'exprime l'attention que nous portons les uns aux autres ? Il y a le temps qui rythme nos existences, le temps biologique qui mesure notre développement corporel, le temps des journées qui nous conduit de la nuit à la lumière. Le temps des saisons qui chaque année nous fait passer de l'hiver au printemps.

Mais tous ces évènements ne changent rien à la permanence du monde, d'un monde où Dieu s'est révélé à travers son fils, moment unique de l'histoire ou Dieu s'est fait connaître dans le monde fini.

Peut-être était-ce à ce moment là qu'il fallait dire bonne année à l'humanité, ce temps nouveau où tout a basculé dans la lumière.

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Parce que nous nous obligeons à répéter inlassablement le rituel des années. Parce que nous nous endormons dans l'habitude de cette répétition, dans ces calendriers que l'histoire connaît et qui chaque année semblent nous ouvrir de nouvelles perspectives, créer l'illusion d'un progrès, simulant une marche en avant.

Et c'est bien ce que nous faisons. La succession des jours et des nuits a toujours imposé la première division du temps du fait de l'obligatoire interruption, dans la plupart des cas, de l'activité diurne et son remplacement par le repos nocturne cela en fonction des révolutions de notre terre autour du soleil. Et nombreux furent les calendriers annonçant les fêtes religieuses, les phénomènes astronomiques, tels les lunaisons, les marées et les éclipses.

Ce fut dans notre ère historique le calendrier Julien. Calendrier romain réformé par Jules César qui resta en vigueur dans notre univers occidental jusqu'en 1582, date à laquelle il fut remplacé par le calendrier grégorien du nom du pape Grégoire XIII, qui l'ordonna à cette date. La même réforme fut ordonnée par le roi Henri III, et le 20 décembre 1582 succéda au dimanche 9 décembre 1582. Mais les pays protestants rejetèrent cette modification pontificale.

Et puis nous pouvons citer le calendrier Républicain, institué en 1793 par la première république française le dit calendrier commençant à l'équinoxe d'automne dont les mois portent des noms très évocateurs comme Germinal, Floréal, Pluviôse, etc. Le calendrier perpétuel avec les jours où doit tomber la fête de Pâques, qui je vous le rappelle est fixée au dimanche qui suit le quatorzième jour de la lunaison de l'équinoxe de printemps, donc une date variable suivant les années. On peut citer également le calendrier de Flore qui rappelle les noms de fleurs classées dans l'ordre des floraisons successives qui interviennent au cours d'une année. Je citerai aussi le calendrier du positivisme proposé par Auguste Comte.
Le calendrier arabe suivi par tous les peuples musulmans fondé entièrement sur la course de la lune, le premier jour du mois devant correspondre à la nouvelle lune.

En général, on distingue les calendriers solaires qui admettent comme période le temps que met la terre à tourner autour du soleil soit 365 jours et 6 heures en honneur chez les peuples chrétiens. Les calendriers luni-solaires comme le calendrier chinois. Le calendrier lunaire comme l'ancien calendrier romain qui fut recalé sur le calendrier solaire avec le calendrier Julien du nom de Jules César.

Le calendrier israélite remonte au IVe siècle après J.C. Son cycle est original. Le jour commence à 6 heures du soir et la semaine de sept jours, débute le samedi à cette même heure.

Ce panorama un peu rébarbatif nous apprend que l'humanité avait semblé maîtriser le temps avec des règles communautaires qui créaient chez les peuples une base commune propre à harmoniser les rapports humains. C'était une harmonie fonctionnelle établissant dans chaque communauté, dans chaque société, dans chaque population, dans chaque religion, des règles permettant des rapports harmonieux à dates communes.

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Mais je pense que cet état de choses ne présentait pas une parfaite compatibilité avec la foi chrétienne. En effet, tous ces mouvements sont en rapport avec le cycle des astres, avec des révolutions qui tournent en rond et font apparaître régulièrement les mêmes phénomènes alors que le temps de la veille, le temps du veilleur qui attend le retour du Christ est un temps continu depuis la Pâque de la Résurrection, les musiciens diraient même un continuo.

Mais cette répétition cosmique, nous pourrions dire qu'elle est doublement fonctionnelle. Elle contribue à l'organisation de la société humaine. Mais en même temps elle est pédagogique, le calendrier analysant chaque moment fort de la vie chrétienne et par ce rappel périodique assurant la formation des générations montantes. Enseignement rythmé par les dates anniversaires de l'histoire du peuple d'Israël, et du ministère de Jésus depuis sa naissance dont le livre du prophète Aggée nous rappelle qu'elle a eu lieu le 24e jour du neuvième mois après six heures du soir jusqu'à la sixième heure du matin intervalle qui couvre la nuit du 24 au 25 décembre, date symbolique de l'arrivée de la lumière dans le monde des ténèbres.

Pâques, fête de la résurrection, fête du grand passage de la mort à la vie. Sa date a fait l'objet d'une grande controverse. Certaines églises voulaient fixer cette date le 14 du mois de Nissan (Mars-Avril) à la façon de la Pâque juive, tradition que l'on tenait à l'époque de l'apôtre Jean. Mais elle est fixée aujourd'hui au dimanche qui suit le quatorzième jour de la lunaison de l'équinoxe de printemps.

Ainsi se construisirent nos années catéchétiques faites d'allers et retours comme si nous étions tous des redoublants. Suivant généralement le cycle des lunaisons qui était la référence de nos lointains ancêtres alors que l'attente de Dieu est un long continuo. Et nous savons qu'il ne faut pas dormir pendant ce temps là.

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Le temps du chrétien s'est ouvert avec le Christ, le jour de la résurrection. Ce temps dans nos programmes liturgiques, c'est le temps de l'Église entre Pâques et le temps de l'Avent. En fait, il s'agit d'un temps dont nous connaissons le point de départ mais dont ignorons le point d'arrivée. Dans la symbolique biblique, il s'agit de cette terre nouvelle qui nous est attribuée et dont nous sommes les héritiers nous dit la Genèse.

«Lève les yeux. Regarde vers le Nord et le Midi, vers l'Orient et l'Occident par tous le pays que tu vois je le donnerai à toi et à ta descendance. Lève-toi, parcours-le car je te le donnerai»

Les apôtres connaissaient cette promesse, ils la savaient et ils pensaient en être les témoins vivants lors de son accomplissement avant la fin de leur vie.

Le temps de l'Église ainsi ouvert est pour nous et nos communautés un temps de suivance fidèle. Comme nous le disent les passages de Luc 9. Ce n'est pas un temps d'allégeance, de dépendance voire même de servilité. C'est un temps d'accompagnement mutuel, dans un enrichissement réciproque.

C'est aussi accepter des privations en face du prochain notamment, des renoncements, définir une mesure honnête de sa capacité à servir, tant il est vrai que rien n'est plus négatif qu'un emballement affectif qui débouche dans l'acédie, c'est-à-dire une sorte de dégoût envahissant pour ce qui avait été parfois au premier de ses passions.

Suivre Jésus c'est s'inspirer des chemins de l'évangile, c'est relativiser le cadre rassurant des protections terrestres et peu à peu se laisser guider par la foi et la confiance en Dieu.

L'engagement de laisser les morts enterrer les morts est terriblement exigeant puisque, chez les juifs comme chez les grecs, il y avait un souhait constant d'être accompagnés par leurs enfants à leur dernière demeure. On peut même dire qu'il y a là le symbole d'une vraie rupture. Pour les mortels que nous sommes, la mort est un terme qui nous laisse désemparés, mais pour le chrétien la mort n'est plus une fin mais une véritable entrée dans la vraie vie, celle qui nous est offerte par l'incommensurable grâce de Dieu.

En fait, l'idée centrale de ce passage de Luc et cette image d'un sillon droit, propre, presque pur, sans douter, sans regarder en arrière. L'essentiel et d'annoncer l'Évangile à sa façon ou plutôt à sa meilleure façon.

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Dans cette attente de Dieu, dans ce temps de l'Église, il y a lieu de se mettre en chemin avec les autres, nos voisins, nos frères et de rester en marche même si nos jambes ne nous portent plus. Nous connaissons le point de départ de cette première Pâque. Oublions nos origines, supportons les séparations, ne privilégions pas nos lieux de repos. La vie chrétienne n'est pas à côté de la vie. Elle en est partie intégrante. Vivre notre suivance du Christ c'est aller au bout de notre sillon. C'est se rappeler que notre vrai premier janvier c'est ce moment unique où, par la grâce de Dieu, une couronne d'épines est devenue au troisième jour une couronne de gloire et d'espérance, mémoire inoubliable d'une éternité marquée par un Dieu fait chair venu habiter avec tous les hommes. Elle continue à rappeler ce Dieu de grâce et de consolation qui nous donne son amour et implore tous les jours notre confiance.

Amen.

Philippe DERVIEUX


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