Prédication (à trois voix)
du 14 octobre 2007

Culte de rentrée Universitaire - Luc 17, verset 11 à 19

17.11 Jésus, se rendant à Jérusalem, passait entre la Samarie et la Galilée. 17.12 Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Se tenant à distance, ils élevèrent la voix, et dirent : 17.13 Jésus, maître, aie pitié de nous ! 17.14 Dès qu'il les eut vus, il leur dit : Allez vous montrer aux sacrificateurs. Et, pendant qu'ils y allaient, il arriva qu'ils furent guéris. 17.15 L'un deux, se voyant guéri, revint sur ses pas, glorifiant Dieu à haute voix. 17.16 Il tomba sur sa face aux pieds de Jésus, et lui rendit grâces. C'était un Samaritain. 17.17 Jésus, prenant la parole, dit : Les dix n'ont-ils pas été guéris ? Et les neuf autres, où sont-ils ? 17.18 Ne s'est-il trouvé que cet étranger pour revenir et donner gloire à Dieu ? 17.19 Puis il lui dit : Lève-toi, va; ta foi t'a sauvé.

Marc Duchêne

(AUP)

« Relève toi, va. Ta foi t’a sauvé ».

Voilà les paroles que Jésus adresse au Samaritain qui vient de lui rendre grâce.

Il ne dit pas « Dieu t’a sauvé », mais « ta foi t’a sauvé ». Ce qui est central dans le salut pour Jésus, ce n’est pas la grâce qui nous est accordée, c’est la relation qui nous lie à Dieu.

Ce texte nous questionne : qu’est ce qui est premier dans nos démarches à l’égard de Dieu? est-ce de faire en sorte que Dieu nous rende service en nous accordant sa grâce, ou est-ce de nous mettre au service de Dieu ? Attendons nous un retour quand nous nous adressons à Dieu ? ou bien le faisons nous gratuitement, sans arrière pensée ?

Il y a en quelque sorte deux niveaux de relation à Dieu ; celui qui assigne à cette relation le rôle de refuge, qui quand tout le reste va mal demeure tangible qui se traduit par une relation en pointillé. Jésus ne dénonce pas ce mode de relation à Dieu, c’est certainement mieux que de ne pas avoir avec Dieu de relation du tout. Jésus pointe néanmoins ce mode de relation à Dieu comme étant incomplet. Il regrette sans ambiguïté l’absence des neuf autres lépreux. Il ne dit pas pour autant qu’ils n’ont pas été sauvés malgré tout, mais il ne dit pas non plus qu’ils l’ont été ; ce qui est sûr c’est que la phrase qu’il formule s’adresse au Samaritain et que les autres lépreux n’y sont pas cités.

Et puis il y a un deuxième niveau de relation à Dieu qui au delà de la guérison nous permet d’accéder au salut. Mais que s’est-il passé qui assure ce salut au Samaritain? Et en quoi cela peut-il nous apporter quelque chose dans une optique de salut ? Premièrement, il réalise qu’il est guéri. Et il reconnaît la guérison comme étant une grâce de Dieu à son égard.

Et nous, sommes nous capables de reconnaître les signes de la grâce de Dieu dans notre vie ? De nos jours, nous arrivons à guérir des maladies graves comme certains cancers ; n’avons nous pas tendance à n’y voir que le résultat d’une prouesse humaine, n’occultons nous pas Dieu qui permet tout cela.

Deuxième chose que fait le Samaritain, il revient vers Jésus. Le Samaritain n’est plus à distance, il est proche de Jésus ; il n’est plus noyé dans un groupe, il a une relation individuelle à Jésus. Sommes nous capables d’oser une relation individuelle à Dieu. Nous livrons nous à Dieu dans la prière ou préférons nous nous contenter de venir au culte et de nous noyer dans la masse ? Et par dessus tout, les épreuves que nous traversons nous permettent-elles de nous rapprocher de Dieu ?

Enfin, dernière chose, le samaritain rend grâce sans retenue. Il se jette aux pieds de Jésus, il s’abandonne totalement à lui. Il n’est plus dans le cadre d’un rite social, dans l’accomplissement de codes prédéfinis ; il réussit à retrouver une joie simple, celle d’un enfant qui se réjouit de la présence de Dieu son père. Ce qui sauve le Samaritain, c’est bien sa foi et la manière dont il la vit. Le salut est envisagé comme une réalité terrestre qui s’acquiert par la foi que nous vivons ici et maintenant ; ce n’est pas une question qui est repoussée à la fin des temps. Ce n’est pas non plus un rite, une tradition ou même une routine. C’est s’abandonner à cette joie d’enfant de se savoir pris en compte par Dieu dans notre réalité d’être humain souffrant, en un mot de se savoir aimé de Dieu. Une chose ne manque pas d’interpeller dans ce verset, c’est le temps employé : ta foi t’a sauvé ; à la fin du texte, le salut est acquis, il n’est plus à conquérir, c’est une certitude sur laquelle le samaritain peut désormais s’appuyer.

Mais une dernière question se pose : qu’advient-il une fois que l’on se sait sauvé ? Une fois que l’on a accepté de nous en remettre totalement à Dieu, que nous dit-il alors ? : « Relève toi, va ». Tout d’abord, le salut relève. Forts de la force de l’amour de Dieu nous nous tenons debout. Il nous rend notre dignité, il nous rend à notre humanité. Et puis il nous dit : va. Il nous met en mouvement, il nous accorde une très grande liberté ; à la fois il donne un sens à nos existences, mais il ne nous impose pas une direction. Et voilà ce qui différencie le Samaritain des neuf autres lépreux ; lui a été relevé et mit en mouvement par Dieu. Il donne à Dieu dans son existence une importance première, essentielle, fondatrice, là où les autres y voient une opportunité d’aide ponctuelle. Et ce qu’il faut bien appeler cette conversion du Samaritain, lui permettra de ne plus vivre sa vie comme un fardeau, car désormais il sait que c’est Dieu qui le relève, qui le met en mouvement, en un mot qui le fait vivre.

Coralie Deslandes

(responsable du groupe TACOT de la paroisse de l’Etoile)

« Les dix n’ont-ils pas été guéris ? Et les neufs autres, où sont-ils ? » demande Jésus en voyant le Samaritain revenir vers lui pour rendre grâce tout en glorifiant Dieu. Puis, apparemment sans attendre de réponse à son interrogation, il lui dit « Lève-toi, va, ta foi t’a sauvé ».

Que faut-il comprendre de l’étonnement de Jésus et de sa réaction ? A première vue, qu’il attendait une reconnaissance des dix lépreux et pas seulement d’un seul, et donc qu’il y aurait une corrélation entre cette reconnaissance et la foi. La démarche du croyant trouverait donc son aboutissement dans l’action de grâce.

C’est en route vers les sacrificateurs que les lépreux, suivant l’injonction du Christ de s’y rendre, ont été guéris. Le fait que le Samaritain revienne sur ses pas sitôt la guérison perçue laisse même penser qu’il n’a pas été jusqu’au sacrificateurs, et n’a ainsi pas obéi à l’ordre de Jésus, préférant plutôt le remercier sans délai. Or, c’est ce qui semble satisfaire Jésus. Ce n’est donc pas le fait d’obéir à l’ordre de Jésus qui a mis un point final à la démarche de foi des lépreux, mais le fait d’exprimer sa reconnaissance. De tout cela, on peut donc déduire que Jésus, et Dieu par lui, ont une attente de reconnaissance de la part du croyant. Sans reconnaissance, la foi est tronquée, incomplète, imparfaite. Respecter les commandements de Dieu, suivre sa Parole, est une chose. Savoir reconnaître sa main lorsqu’un bienfait nous est donné, en est une autre. Car c’est dans les moments de joie que l’attention à Dieu se relâche et que l’on pense surtout à soi. Il est d’autant plus difficile de penser à Dieu quand tout va bien. L’action de grâce en est d’autant plus précieuse.

Exprimer sa gratitude permet aussi de rester humble. Remercier une fois les épreuves surmontées, c’est reconnaître sincèrement la puissance de Dieu, en admettant qu’on ne s’en est pas sorti seul.

Enfin, lorsqu’on pense à Dieu dans les moments de peine, lorsqu’on demande son aide, c’est parce qu’on se trouve dans le besoin, ce qui fausse la donne. C’est quand ce besoin est comblé que la foi peut pleinement s’exprimer, sans intérêt, gratuitement. C’est à ce moment qu’elle est la libre. C’est aussi tout ce qui fait sa valeur.

La reconnaissance est donc bien l’aboutissement de la foi, ce qui la signe et la parfait. Si le chemin physiquement accompli par les différents acteurs de cet évangile est une métaphore de la foi, alors seul le Samaritain reconnaissant aura été jusqu’au bout de la démarche, en revenant vers Jésus pour le remercier.

Cette reconnaissance naît dans son cœur, comme une évidence, au moment où tout s’arrange. Le tout est de la laisser s’exprimer.

Bertrand Marchand

(étudiant en théologie, responsable du groupe de jeunes de la paroisse de l’Oratoire)

Parmi les dix lépreux, seul le Samaritain revient vers Jésus pour le remercier. Regardons de plus près l'identité de ces hommes, et particulièrement de cet homme.

Être lépreux c'est être mis à l'écart. Nous avons entendu dans le deuxième livre des Rois que Naaman ne rencontre pas personnellement le prophète Élisée mais un messager du prophète qui vient le rejoindre hors de la maison d'Élisée. Dans l'Ancien Testament, le livre du Lévitique – qui décrit abondamment les règles relatives aux maladies de peau – insiste sur l'impureté que constitue la lèpre. Cette impureté oblige le lépreux à s'isoler, à se tenir à l'écart. Le Lévitique déclare : « Le « lépreux » atteint par le mal aura les vêtements déchirés et les cheveux défaits ; il se couvrira la moustache et criera : Impur ! Impur ! Aussi longtemps que le mal sera sur lui, il sera impur. Étant impur, il habitera seul ; son lieu d'habitation sera hors du camp. » (13.45-46)

Ce sont donc des hommes d'un entre-deux auxquels nous avons affaire. Ce sont toujours des hommes susceptibles de guérison et de réintégration à la communauté, mais à l'écart tant que la guérison n'est pas avérée par un prêtre, conformément à la loi des Juifs. Donc des hommes d'un entre-deux.

D'ailleurs, ce texte de l'évangile selon Luc commence aussi dans un entre-deux géographique. Jésus passe « entre la Samarie et la Galilée » (v. 11). Samarie et Galilée. Deux lieux étrangers l'un à l'autre. La Galilée est le pays des Juifs. La Samarie, celui des Samaritains, ceux qui se sont écartés de la loi des Juifs. Ils ont pour sanctuaire le mont Garizim, et non le Temple de Jérusalem. Et pour eux, seuls les cinq premiers livres de la Bible – le Pentateuque – font autorité. Ils ne reconnaissent pas l'autorité des autres écritures juives. Le Samaritain est donc aussi à l'écart du peuple juif et de la loi des Juifs. Pour un Juif, il est un étranger, un étranger à la grâce de Dieu. Dans l'évangile selon Jean, une Samaritaine ne demande-t-elle pas à Jésus : « Comment toi, qui es juif, peux-tu me demander à boire, à moi qui suis une Samaritaine ? », et l'évangéliste de préciser : « Les Juifs, en effet, ne veulent rien avoir de commun avec les Samaritains. » (4.9)

C'est donc un lépreux samaritain qui revient vers Jésus pour rendre grâce de sa guérison. Un homme doublement mis à l'écart, pour sa lèpre et pour son appartenance à un groupe étranger aux Juifs, un étranger à la grâce aux yeux des Juifs. Ce retour vers Jésus pour exprimer la reconnaissance fait dire à Jésus : « Lève-toi et va ; ta foi t'a sauvé. » Reconnaître c'est aussi être reconnu comme étant digne de faire partie du peuple de Dieu. Cette reconnaissance se traduit par une adoption en tant qu'enfant de Dieu. « Lève-toi et va ; ta foi t'a sauvé. »

Les autres lépreux sont certainement Juifs car ils ne sont pas qualifiés d'étrangers. Mais aucun d'eux ne revient vers Jésus. Ne sont-ils pas pourtant ceux à qui la grâce est adressée et proclamée dans les synagogues ? Y aurait-il, dans ces communautés juives, une accoutumance à la grâce, au point d'en oublier la reconnaissance ?

Et nous-mêmes, communautés protestantes, nous proclamons la grâce première et gratuite de Dieu. Nous commençons chaque culte par cette proclamation. Sommes-nous parfois blasés de cette grâce ? Ou nous fait-elle toujours revenir sur nos pas pour glorifier Dieu « à pleine voix », comme ce Samaritain ?

Il y a certainement en chacun de nous une part de reconnaissance et une large part d'accoutumance. Quand Jésus demande où sont les neuf autres lépreux, je crois qu'il s'adresse à chacun de nous pour que nous intégrions à nous-mêmes cette part qui est à l'écart en nous, qui est étranger en nous, et pour que cette part gagne ainsi tout notre être. Cette parole de Dieu aujourd'hui nous appelle à vivre la grâce par la pleine reconnaissance, en y engageant tout notre être.

Dans le temps de silence qui suit ce message, nous pouvons peut-être relire notre vie et y retrouver des occasions de reconnaissance qui nous ont échappé.

Amen.

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