Prédication
du 2 mai 2010

Hébreux 11,1-19 ; Apocalypse 21, 1-5 ; Jean 13, 31-35

Un ciel nouveau, une terre nouvelle

Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle. Nous sommes dans l'Apocalypse, dans les derniers chapitres de la bible. Certes l'apocalypse a pour objet l'annonce de la fin des temps mais n'a en aucune manière une signification catastrophiste telle que lui donne le sens commun aujourd'hui. Elle veut tout simplement exprimer la notion de découverte et celle sublimée et tout à fait adaptée de RÉVÉLATION.

En effet, on y parle plus de l'avènement d'un monde nouveau plutôt que de la fin d'un monde ancien et ce tout simplement parce qu'il y a un évènement qui donne tout son sens à l'histoire du salut, c'est la résurrection de Jésus de Nazareth.

Parce que le monde nouveau n'est pas le retour d'un cycle historique ou le rajeunissement d'une histoire passée ou bien un arrangement superficiel à la façon de ces programmes politiques qui font l'ordinaire de notre actualité et qui ne sont que des pâles redites, malgré la bonne volonté de nos édiles.

Non. l'apocalypse annonce un changement radical.
C'est une révélation. C'est aussi une attente. C'est enfin une espérance.

Une révélation

Deux mots en grec ancien expriment ce qui est nouveau : le mot néos et le mot kainos.
Neos comme dans le mot néologisme exprime la nouveauté chronologique. Par contre le mot kainosa le sens d'une nouveauté plutôt qualitative, de quelque chose de neuf et de meilleur que le monde actuel que nous connaissons, et c'est cet adjectif qui est utilisé dans le texte grec.

Et ce monde nouveau est celui d'une humanité nouvelle que l'on dénomme à travers un certain nombre d'expressions diverses : vie éternelle, royaume des cieux, paradis, cité sainte. Jérusalem nouvelle pour faire ressortir sa vraie nature de demeure avec Dieu.

Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Tout cela pour exprimer une communion profonde entre Dieu et l'humanité. Cette humanité qui sera ressuscitée dans sa cité sainte comme une jeune mariée, parée suivant les termes bibliques, comme la fiancée de l'agneau.
Et l'ange nous montre le fleuve de vie qui jaillit à travers ce nouveau royaume.

Point ne sera besoin d'apprécier les dimensions du temple pour y mesurer la gloire de Dieu. Le temple ne sera plus médiateur, ni intermédiaire. Mais avec l'humanité nouvelle il sera le siège même de la gloire de Dieu. Et nous les hommes et les femmes deviendrons le temple de Dieu suivant la belle expression de l'apôtre Paul.

On retrouve ici le sens d'un temple spirituel, comme l'arche transporté à dos de chameau au temps d'Abraham, perpétuel voyageur sur la terre des vivants comme le confirmera la foi réformée qui refusera tout caractère sacré à un édifice quel qu'il soit. Seule la cène eucharistique réunion de quelques uns autour du Seigneur et de sa mémoire est sacrée.
Ainsi Dieu dans la splendeur de l'humanité nouvelle retrouvée, brillera aux yeux de tous d'une lumière définitive.

Nous retrouvons ainsi le paradis des origines, le jardin d'Éden ou coule le fleuve de vie.
La boucle est bouclée. Jean l'apôtre, qui écrit l'apocalypse revient ainsi au jardin des origines point culminant, clef de voute de l'ouvre de Dieu.

Nouvelle création. nouvel Israël, nouvelle alliance, nouveau temple, noces éternelles entre Dieu et son peuple. Voici dit Dieu, je fais l'univers nouveau. L'harmonie y règne sans partage. Il n'y a ni serpent ni piège et les fruits que dispensent les arbres sont en abondance.

Jérusalem la ville la cité sainte a toujours été le symbole de l'unité des croyants mais elle a été aussi et est encore le théâtre de la discorde Mais Dieu en fit le lieu de réunion des tribus d'Israël, d'un Israël qui ne connait plus de frontières, d'un Israël théologique qui réunit tous les peuples de la terre.

C'est le Dieu de la nouvelle alliance. C'est un nouveau temple qui n'a pas besoin de l'éclat du soleil, car la gloire de Dieu illumine. L'épouse est tout entière tournée vers l'agneau qu'elle implore de toutes ses forces.

Une attente

Ainsi, s'exprime un ensemble plus ou moins mythique qui a fait naître chez de nombreux lecteurs fondamentalistes la certitude de l'imminence du retour du Christ.
Ils invoquent pour cela plusieurs raisons.

La première tient au fait que toutes les prophéties de l'ancien testament se sont accomplies avec exactitude. Et il n'y a aucune raison pour que cette seconde venue, ce second rendez vous n'ait pas lieu ; mais l'on oublie que le ministère de Jésus annoncé par le premier testament fait état d'une symétrie parfois peu convaincante et pleine d'inattendus.

La création de l'état d'Israël a été un autre argument pour justifier le retour du Christ.
Mais peut on assimiler Israël en tant que valeur théologique exprimant le peuple de Dieu tel qu'il est visé par l'apocalypse et le territoire politique entre méditerranée, Jourdain, mer morte et désert du Néguev.

N'oublions pas aussi le message livré par la parabole des dix vierges. Des dix qui veillaient au retour de l'époux, cinq n'avaient pas rempli d'huile le récipient de la lampe, mais les cinq autres avaient pris cette précaution. Les premières ne purent accueillir le Seigneur comme il se doit. Cette parabole a deux significations, la première est qu'il faut être toujours prêt à accueillir le Seigneur à son retour, c'est-à-dire en rappelant sa mémoire et célébrant son culte. Mais ce retour que tous estimaient très proche, peut prendre du retard et c'est la seconde signification : les croyants doivent assurer la permanence de la foi sur terre en l'absence de Jésus. L'église doit se constituer assurer la transmission de ce qu'ont vécu les disciples avec Jésus et demeurer les témoins de la bonne nouvelle. Le message est clair.

Il faut vivre en plénitude cette attente. Il faut conserver chevillée à tout l'être l'espérance vivre comme de vrais hommes et de vrais croyants. C'est cela la vigilance qui nous est demandée. Nous fermons ainsi le livre du monde ancien qui s'achève par la révélation d'un Dieu avec les hommes, le Dieu de l'Emmanuel et l'ouverture d'un nouveau livre que nous commençons à écrire depuis deux mille ans, celui d'un monde nouveau.

Cela nous conduit à une première conclusion. le royaume des cieux n'est peut-être pas pour demain mais il arrive, il arrive quand nous le préparons. Il faut garnir les veilleuse qui éclairent le chemin du salut. Il ne faut pas dormir pendant ce temps là.

En Jésus Christ ressuscité tout est déjà fait. Le salut est là. la promesse est accomplie.
Dieu a rempli son contrat. Et pourtant de notre côté , tout reste encore à faire. Parmi les théologiens contemporains J. Moltman nous a sensibilisé à cet aspect des choses. Tout n'est pas fini, et ce qui a déjà été fait augmenter notre impatience et même exaspère parfois notre attente, en nous incitant à travailler pour que la promesse se réalise. L'espérance de ce royaume qui est en nous conduit vers une transformation historique de la vie. La théologie de l'espérance nous engage à faire du neuf dans l'histoire.

Une espérance

La foi chrétienne affirme une vie qui n'aura pas de fin mais cela ne veut pas dire qu'il s'agit là d'une vie tout autre.

Nous considérons malheureusement qu'entre la vie présente et la vie éternelle, il y a en quelque sorte une cloison étanche, la vie éternelle succédant à la vie présente. Mais pour le croyant la vie éternelle a déjà commencé. Il est passé de la mort à la vie. Il est lui-même transfiguré pour avancer dans une vie nouvelle parce qu'en Jésus Christ il a reçu l'esprit de Dieu.

L'ancien testament n'oppose pas l'âme de l'homme à la chair de l'homme. L'âme est partie intégrante de la chair de l'homme et constitue le corps tout entier, l'être tout entier dans son existence et dans son histoire. L'opposition n'est pas entre âme et corps mais entre esprit de Dieu et l'être de l'homme.

Ainsi l'esprit de Dieu peut venir habiter la chair de l'homme. C'est le miracle de la foi qui donne à l'homme une nouvelle personnalité et constitue l'homme nouveau. Par le miracle de l'esprit un fils de Dieu est né en nous.

Il y a l'homme en Adam et l'homme en Christ qui cohabitent en chacun d'entre nous comme l'écrivait le pasteur Alphonse Maillot. Comme il y a en nous le vieil homme et l'homme nouveau. l'homme extérieur et l'homme intérieur, la chair de l'homme et l'esprit de Dieu.

C'est une mission difficile que de vouloir expliquer l'inconnaissable, l'insaisissable, l'impartageable sinon par la voie négative comme par le mot nouveau ou le mot autre. Depuis les origines, certains ont conservé le principe de l'historicité du Christ ou ont relatés simplement les faits et gestes tels qu'ils sont rapportés par des témoins identifiés ou même des apparitions mystérieuses racontées par les mêmes témoins. Relater la crucifixion dans un langage usuel, cela est nécessaire. Mais c'est un pari osé que d'utiliser une terminologie usuelle pour exprimer l'inexprimable qui est la victoire finale de Dieu.

Quand on parle de « nouveau », d'« autre » on utilise un langage courant qui tente d'expliquer un mystère, parce qu'il y a vraiment autre chose. La pierre du tombeau a été roulée et c'est d'abord le vide que nous constatons. Il n'y avait plus personne dans ce tombeau et pourtant il y avait quelqu'un. Comme dit l'apôtre dans l'épître aux Corinthiens. La vie éternelle est un « vivre plus » qui augmente l'éclairage divin de notre vie terrestre mais ne constitue en aucune manière une évasion vers je ne sais quel « no man's land ».

Je meurs chaque jour un peu plus mais je vis chaque jour un peu plus. Ma mort meurt chaque jour mais ma vie se multiplie, comme un trésor mis en évidence dans le vase de terre qui se délite chaque jour.

Le symbole de Nicée ne nous montre-t-il pas la voie en substituant à l'expression de vie éternelle, celle de monde à venir. Ce monde dont nous avons déjà une idée approximative. Nous en témoignons clairement quand, dans la communion d'une nouvelle espérance, nous entonnons ensemble d'une même voix et d'un même cour avec foi et joie des strophes connues depuis l'enfance. Le chant sollicite l'âme et le corps, la chair entière, des émotions, de la mémoire, du parler, du physique, comme une résurrection qui éveille tout notre être à une vie nouvelle en Christ aujourd'hui. Le temps est accompli et le règne de Dieu s'est approché. Le monde à venir surgit dans le monde d'ici-bas et le transforme.

Amour, pardon, partage en sont les signes évidents car la vie du monda venir n'est rien d'autre que l'Évangile de Dieu transformant l'homme et la création.

Pour conclure, je vous citerai cette phrase de France Quéré trouvée dans son commentaire de l'Évangile de Jean « Les hommes ne s'attendent pas à ce que Jésus bientôt anéanti, soit exalté au dessus de tout nom. Mais ils commencent à entrevoir que seule est grand celui qui abaisse sa grandeur. Qu'il n'est de puissance et de gloire que d'amour. Peut-être bien un jour la gloire nous a-t-elle effleuré quand dans un sacrifice accepté ou une action sans témoins, nous avons senti déferler la grande paix dans notre cour.

Je n'oublierai jamais cette photographie où l'on voit un résistant, debout, face aux fusils pointés des miliciens. Ils vont tirer... et il sourit.

Frères et sours, oui, nous pouvons déjà discerner aujourd'hui un ciel nouveau et une terre nouvelle.

AMEN

Philippe DERVIEUX

haut

retour