Heinrich BULLINGER
1504-1575

Les grandes figures du Protestantisme n°16

Heinrich BULLINGER

Né en 1504 à Bremgarten, petit bourg proche de Zurich, Heinrich BULLINGER a la particularité d'avoir eu pour père le curé du lieu. Celui-ci payait annuellement tribut à l'évêque de Constance pour avoir le privilège d'avoir une femme. Heinrich était le dernier d'une fratrie de cinq. Il fit des études à l'université de Cologne et adhéra très tôt à l'humanisme et aux thèmes de la Réforme - ce qui l'amena à rompre avec l'Église catholique romaine. Comme le fit également son père. En 1529, après plus de 30 ans de vie commune, ses parents décidaient même de célébrer leur union à la manière évangélique. Un peu plus tôt cette même année, Heinrich s'était aussi marié, prenant pour épouse une ancienne nonne Anna ADLISCHWEILER. Ils eurent onze enfants.

Lorsqu'il rencontra ZWINGLI, Heinrich BULLINGER s'enthousiasma pour ses idées et devint un de ses plus fidèles disciples. Sous sa guidance, il étudia l'hébreu et perfectionna son grec, privilégiant l'étude des Écritures et particulièrement celle du Premier Testament. Après la mort du Réformateur sur le champ de bataille à Kappel, en 1531, la ville de Zurich fit appel à lui pour poursuivre son oeuvre. Il dirigea l'Église d'une main ferme et habile, s'efforçant d'affermir son autorité pastorale sans pour autant heurter le Magistrat. Travailleur acharné et correspondant infatigable, il prêcha six à sept fois par semaine durant quarante ans, publia quantités de traités et de sermons, écrivit plus de 15 000 lettres. Une grande partie de sa correspondance se fit avec l'Angleterre, et il est indéniable qu'il influença grandement la réforme anglaise durant le court règne d'Edward VI.

Son oeuvre théologique montre l'importance qu'il porta au retour à l'Église primitive et à l'alliance entre Dieu et les hommes. Sa conception de l'alliance, qui fait l'originalité de sa pensée, peut être résumée en quatre points : Dieu offre sa grâce, promesse réalisée en Jésus Christ, tandis qu'à l'homme est demandé la foi et l'amour ; importance suprême de l'Écriture, considérée comme le livre même de l'Alliance ; remplacement par le Christ des anciens sacrements ou sceaux de l'alliance que sont la circoncision et Pessah par le baptême et l'eucharistie ; foi chrétienne conçue comme l'essence de l'alliance contractée d'abord avec Adam. De ce fait, il met l'accent sur la place suprême de la Réforme dans l'histoire du salut, puisqu'il définit la religion réformée comme la seule véritable et la fait remonter jusqu'à Adam - comme aussi le don de la Loi. La Loi est selon lui l'expression de la volonté divine. Donnée à Adam et résumée dans le Décalogue, elle scelle une alliance éternelle offerte à l'humanité toute entière. Dans les années 1550, dans trois oeuvres majeures, ses "Decades" (1), sa "Summa de la religion chrétienne" et son "catéchisme", il traite de l'alliance de Dieu avec l'humanité, insistant sur son aspect éternel, sur les sacrements en tant que sceaux de l'alliance, et sur la nature conditionnelle de cette alliance.

Mais la théologie de BULLINGER ne se résume pas à ce concept : il prône, comme tout bon réformé, le retour à l'herméneutique biblique; insiste sur l'importance du respect du sabbat, qu'il comprend comme une expérience spirituelle qui doit rapprocher le croyant de Dieu en s'abstenant ce jour-là non seulement de travailler, mais aussi « de pécher et d'offenser » ; définit la prédestination comme une élection en Jésus Christ, faite par grâce ; démontre le libre arbitre de l'homme qui « commet toujours le mal ou le péché sans y être contraint par Dieu ou par le Diable » ; met l'accent sur le rôle du Saint Esprit - compris comme souffle de Dieu - dans tous les articles de foi ; conçoit les sacrements comme signe, symbole, témoignage. Ce qui ressort de la théologie de BULLINGER, et plus particulièrement de sa position sur la prédestination, c'est son souci de préserver la bonté de Dieu : il refuse un Dieu arbitraire qui choisirait les uns pour la Gloire et les autres pour la Réprobation, et sa doctrine ne changera pas au cours des années. Sur l'eucharistie, sa pensée par contre évoluera. Fidèle à la théologie zwinglienne, il conçoit tout d'abord la Cène comme commémoration, rejetant toute idée de présence corporelle réelle du Christ en s'appuyant sur l'Écriture : si le Christ est au Ciel auprès du Père, il ne peut se trouver sur la terre dans le pain. Par la suite, face à la division, il tentera de trouver une formulation acceptable à toutes les Églises helvétiques.

La Confession helvétique postérieure, dont il est l'auteur, est la profession de foi réformée la plus complète. Elle comporte trente articles. L'article le plus difficile à rédiger fut assurément celui portant sur la Cène. Avec CALVIN, il échangea une longue correspon-dance et il est clair qu'il se rapprocha peu à peu de la formulation calviniste de l'eucharistie qu'il rédigea de façon à la rendre acceptable pour toutes les églises helvétiques. Certaines étaient alors farouchement attachées à la formulation zwinglienne.

La Confession helvétique postérieure (1561/1566) dont le retentissement en Europe fut grand, souligne l'universalité de l'Église et définit simplement et clairement des concepts tels que la prédestination, le libre arbitre, les sacrements, la vie ecclésiastique, le mariage et la famille. La prédestination est vue dans le miroir de la grâce divine ; quant à la Cène, elle est conçue tout à la fois comme mémorial des bienfaits de Dieu et nourriture spirituelle par le travail de l'Esprit saint chez le croyant. Pour faire court ; le Christ est donnée dans la Cène par la foi et le sacrement n'a aucun pouvoir par lui-même. Toutes les Églises helvétiques plus ou moins lentement, adoptèrent cette Confession, ce qui fit dire à Théodore DE BÈZE qu'Heinrich BULLINGER était le « berger commun à toutes les églises chrétiennes ».

Sa prodigieuse activité pastorale et théologique ne l'empêcha pas de se consacrer à sa nombreuse famille. Il prenait toujours le temps de jouer avec ses enfants, et à Noël, composait pour eux des petits textes en vers - comme le faisait d'ailleurs LUTHER.

Liliane CRÉTÉ


(1) Traduit en français dès l'année 1564 sous le titre : Cinq Décades, qui sont cinquante Sermons, de M. Henry BULINGER
retour