Nouvelles du Protestantisme

Retour sur la "Marche vers Meaux" des 24 et 25 mai 2014

Auteuil en marche

" Le 24 Mai, nous sommes partis de la Gare RER de Sevran Livry, à 25, avec Serge, Fanja, Eric et Philippe.

Le thème de cette année : Unité : uniformité ou diversité ? sous le guide du pasteur Denis Heller et de la cellule spirituelle.

Nous accompagnerons dans un livret, les chants suivants " Ô Jésus tu nous appelles " (Alléluia 36/08) ; " Père, unis-nous tous " (Alléluia 36/25) ; " Nous marchons vers l'unité " (Alléluia 36/18).

Jaona Ravaloson avait conduit la camionnette jusqu'à la gare, pour y récupérer nos bagages, afin que nous puissions marcher librement sans avoir les épaules sciées par les bretelles de nos sacs.

Les musiciennes

30 min après le départ, tous en rond nous nous sommes présentés et avons découvert un Angevin parmi les participants de cette année. Puis nous avons chanté notre premier chant, accompagnés par les musiciennes puis nous sommes repartis.

Vers 13h, c'est le repas pris ensemble, chacun met en commun ce qu'il a apporté. Plus tard au milieu de l'après-midi, autre moment spi en plein champ, avec un compte-rendu par groupe.

A l'arrivée à Claye Souilly, moment de réconfort autour de, qui un chocolat chaud, qui une bière, brrrr !
En sortant de Claye Souilly, nous sommes rattrapés par la pluie en pleine campagne.
Puis nous arrivons au camping de Jablines sous le soleil, où nous retrouvons Jaona et sa camionnette.

Moment spi
Repas du soirLe piège !

Après le moment spi du soir et le montage des tentes, nous sommes passés " à table ".
Au moment du dessert, un marcheur a été piégé par les autres.
Puis la nuit réparatrice avec le concert des ronfleurs.

Le lendemain, petit déjeuner au camping et retour sur le chemin.
Nous déjeunons à Esbly au bord du canal, grâce à la camionnette de Jaona qui apporte les victuailles, et emportera nos bagages à Nanteuil.

La marche sepoursuit sous un grand soleil Le piège !

Puis la marche se poursuit sous un grand soleil.
Le moment spi de l'après-midi se déroule dans les hautes herbes à l'ombre.
Puis arrivée au temple de Meaux, où la paroisse et le pasteur Quentin Bradock nous accueillent avec un grand goûter.

Le moment du culte de clôture arrive enfin, avec la joie de la célébration du baptême de Marion, qui a fait cheminer sa réflexion au cours des nombreuses Marches Vers Meaux auxquelles elle a participé. Elle a souhaité recevoir le baptême à l'occasion de cette Marche.
Elle était entourée de sa famille et de sa marraine, venue expressément de Suisse pour l'événement.

Après, les marcheurs sont rentrés en RER vers Paris, après avoir récupéré leurs affaires."

Par Philippe VOGT, paroissien du temple d'Auteuil


Bref aperçu du « protestantisme danois »

Les statistiques disent que 82 % de la population danoise est membre de l'Église danoise du peuple - ma traduction approximative de Den danske Folkekirke. C'est une Église évangélique-luthérienne qui se distingue du catholicisme sur la question de l'autorité et sur le sens des sacrements. C'est la parole de Dieu qui fait autorité, une parole transmise et expliquée par les pasteurs tout en respectant l'idée du sacerdoce universel. Autrefois le père de famille était aussi pasteur pour la famille.

On devient membre par le baptême et à l'âge adulte le membre paye un pourcentage d'impôt d'Église prélevé à la source par l'état. Les personnes ne souhaitant pas être membre font une demande au pasteur pour être rayées des registres.

Au Danemark le catholicisme a été remplacé par l'Église de la Réforme en 1536, au moment où le roi a changé de confession.

Le catholicisme a retrouvé sa liberté d'expression avec la nouvelle constitution, Grundloven en 1849, qui demande la liberté de religion. C'est en quelque sorte la situation inverse de la France.

L'Église règle certaines questions en interne dans le Conseil presbytéral et d'autres en accord avec l'état. Le ministre de l'Église et de la parité, le centriste Manu SAREEN a, par exemple, décidé avec l'accord de l'Église que le mariage d'homosexuels sera possible aux mêmes conditions que pour un couple homme-femme. Reste la liberté du pasteur à accepter ou refuser tout en dirigeant la demande du couple vers un autre pasteur.

Le paradoxe de cette Église établie est l'écart entre l'importante participation financière et la modeste fréquentation au culte. Les sociologues des religions expliquent cette caractéristique par l'idée héritée de Luther que l'individu est en rapport direct à Dieu. Kierkegaard a accentué cette lignée. Sur cette base il y une conviction au Danemark qu'une personne peut être un fervent chrétien sans aller au culte. À cela se rajoute que les danois sont sceptiques à toutes sortes de hiérarchies.

Églises typiques dans le paysage danois Églises typiques dans le paysage danois

En danois nous parlons comme en allemand de l'église, kirke/Kirche, et non pas du temple pour désigner le lieu de culte. Souvent, les murs d'une ancienne église à la campagne date du 12e siècle. Les anciennes églises de campagne et les cathédrales de ville sont tous passés du catholicisme au protestantisme suite à la Réforme. Les fresques ont été couvertes avec de la chaux blanche au 16e siècle. Au début du 20e siècle les fresques du Moyen-Age ont été redécouvertes et valorisées en tant que patrimoine historique et culturel.

Le protestantisme danois est imprégné par l'histoire particulière qui a laissé s'imprégner mutuellement société et Église. Le danois payant son impôt d'Église sans aller au culte dira que le christianisme est profondément ancré dans la culture et la société danoise. Qu'il transmet les valeurs chrétiennes à ses enfants au même niveau que ses valeurs civiques. Je pense qu'il y a beaucoup d'éléments dans la vie de l'Église qui se ressemblent entre protestantisme danois et français. Un noyau de communauté d'Église danois aura beaucoup de choses en commun avec l'Église locale d'Auteuil. Les différences se voient au niveau de l'histoire nationale et dans la structure de l'institution. A mes yeux le protestantisme français se caractérise par sa pluralité et son autonomie.

Par Christina MICHELSEN, pasteur stagiaire à Auteuil en 2011-2012


Le protestantisme arménien

« Si tu deviens protestant, tu devras changer de nom », fut dit au XIXe siècle à un arménien par son frère aîné.

Croix arménienne

Car en Arménie la religion revêt une importance particulière. En effet l'Arménie, premier état au monde à proclamer le christianisme comme religion officielle en l'an 301, partage près de 90% de ses frontières avec des pays musulmans : Turquie à l'ouest, Azerbaïdjan à l'est, et Iran au sud.

C'est vers le milieu du 1er siècle, nous dit la Tradition, que deux apôtres de Jésus, Saint Thaddeus (St-Jude, "celui qui n'est pas l'Iscariote") et Saint-Barthélémy, introduisent le Christianisme en Arménie.

Depuis, on peut affirmer que le christianisme fait partie intégrale de son identité : sans sa foi ce peuple n'aurait probablement pas préservé sa culture.

L'Église dominante en Arménie est l'Église Apostolique arménienne, proche de l'Église Orthodoxe mais indépendante, tant sur le plan liturgique qu'organisationnel, depuis le début du moyen-âge. Elle fait partie des « Églises non chalcédoniennes », branche des églises orientales nées du refus des conclusions du Conseil de Chalcédoine en 451, et est qualifiée de « monophysite » (ceux croyant que les natures humaines et divines du Christ constituent une unité).

Parmi les minorités religieuses se trouve une Église protestante, créée au milieu du XIXe siècle : l'Église Évangélique arménienne.

Protestants de France, protestants d'Arménie :
quels sont nos points communs ?

Tout d'abord une même détermination génératrice : le vou de ramener l'Église à la pureté primitive : « Disciples de l'Évangile, en ayant adopté les principes vivifiants, nous désirons ramener notre Église-mère à son ancienne simplicité apostolique », fut-il proclamé lors de sa constitution.

Bible en arménien

Autre point commun : une influence allogène qui vient concrétiser une volonté de réforme. Au début du XIXe siècle, des bibles éditées par des sociétés bibliques anglaises et russes pénètrent en Arménie et alimentent le renouveau spirituel naissant.

Et, comme en France quelques siècles plus tôt, leur lecture suscite un grand intérêt car elles sont écrites dans la langue parlée par tous.

Concomitamment débarquent à Constantinople en 1831 les premières missions américaines, qui édifièrent nombre d'écoles et donnèrent un élan additionnel au mouvement. L'Église officielle s'opposa alors aux idées de réforme : des arrestations et des persécutions eurent lieu avec la complicité du gouvernement turc.

Mais, en Arménie comme en France, la persécution religieuse connait toujours des fins contraires à ses objectifs : loin de l'éteindre, elle ravive la foi.

Finalement, le 1er juillet 1846, les partisans du mouvement de réforme, excommuniés, ne peuvent que constater l'échec de leur tentative de changer l'Église par l'intérieur, et sont contraints de créer l'Église Évangélique Arménienne.

L'église arménienne d'Issy-Les-Moulineaux

De quelques dizaines au départ, les protestants furent 60 000 au début du XXe siècle, soit environ 2% de la population, part comparable à la nôtre. Mais leur rayonnement va bien au-delà du nombre, car ils interviennent dans les domaines spirituels, scolaires, théologiques, sociaux, médicaux, éducatifs, de l'édition, et continuèrent l'effort de construction d'écoles initiés par les missionnaires américains, qui se retirèrent progressivement, avant de reprendre ensuite un rôle providentiel et sauver des dizaines de milliers d'orphelins du génocide de 1915.

Suite au génocide, les protestants évangéliques rescapés sont contraints à l'exil. Ils constituent alors des Églises dans la plupart des pays d'accueil : au Moyen Orient, en Europe, sur le continent américain et en Arménie.

En France, plusieurs paroisses se sont constituées à partir de 1924 avec l'aide de l'Action Chrétienne en Orient (mission protestante alsacienne fondée par le pasteur Paul Berron) et de l'Église Réformée de France, qui a notamment mis à disposition des lieux de culte. Peu à peu, les Églises de France sont devenues autonomes.

Actuellement, il existe en France une dizaine d'églises constituées, dans les régions parisienne, lyonnaise, valentinoise, et marseillaise.

L'Église Évangélique Arménienne de France est membre (en probation) de la Fédération Protestante de France depuis le mois d'avril.

Tous les cultes sont bilingues (arménien et français) et, nous dit-on, ouverts à tous : la paroisse la plus proche d'Auteuil se trouve à Issy-les-Moulineaux.

Par Philippe OSKANIAN, conseiller presbytéral


À la découverte des Diaconesses de REUILLY

Diaconesses de REUILLY

C’est avec joie que je réponds à l'invitation de vous faire découvrir la Communauté des Diaconesses de Reuilly telle qu'elle est aujourd'hui, après 167 ans d'existence dans les Eglises issues de la Réforme en France.

Joie particulière qui plus est pour moi, car c'est dans cette paroisse d'Auteuil que j'ai reçu le baptême à l'âge de 20 ans, le 2 décembre 1962. Habitant alors rue du Dr Blanche, au Foyer des Lycéennes, j'ai bénéficié pendant un an des prédications et des études bibliques du Pasteur Fath : un bonheur intellectuel et spirituel, une référence pour la vie. Neuf ans plus tard, pour mon engagement définitif dans la Communauté de Reuilly dont la Maison-Mère s'établissait progressivement à Versailles, c'est à lui que j'ai demandé de prêcher et d'être à mes côtés.

Dans l'Europe du milieu du XlXe siècle où se produisait un beau réveil spirituel, plusieurs communautés de Diaconesses1 ont vu le jour : pour notre pays Reuilly (Paris Xlle), puis Strasbourg-Sainte-Elisabeth, et vers 1870, Le Neuenberg (près de Saverne).

La Communauté de Reuilly aujourd'hui, ce sont 70 femmes, entre 37 et 94 ans, chacune bien typée car Ia vie communautaire ne consiste pas à entrer dans un moule, mais à laisser se développer les dons que chacune a reçus de telle sorte qu'ils enrichissent le projet commun, celui que Dieu a dessiné et dessine avec nous pour témoigner de Lui et accompagner la vie, d'une manière ou d'une autre.

Ce qui nous rassemble, c'est d'avoir chacune entendu le Christ nous dire : " Suis-moi " ou " c'est ici le chemin, marches-y ". Et nous avons tout quitté : un pays lointain : la Finlande, la Polynésie, l'Allemagne… et cet autre " pays " qu'il est si difficile de quitter : soi-même !… ce que l'Evangile appelle la conversion.

Quel que soit le service que la Communauté nous confie, nous voulons dire, par notre vie personnelle et communautaire, que l'Evangile est une parole complètement pertinente dans la société du XXle siècle et que le Dieu qui a pris visage dans le Christ est un amour qui peut remplir une vie, une vie de femme toute entière.

Notre fondatrice, Caroline Malvesin, voyait son projet, qu'elle partageait avec le Pasteur Antoine Vermeil, comme un arbre dont le tronc était la Communauté, plongeant ses racines dans le terreau du Christ, et dont les branches étaient les œuvres répondant aux besoins qui se feraient jour, sans exclusive. Cette ouverture à la conduite de l'Esprit a permis aux Diaconesses de Reuilly une belle évolution. Aux vocations marquées par le soin des malades, des personnes âgées, des jeunes en difficultés, se sont ajoutées des vocations de biblistes, d'accompagnatrices spirituelles, d'aumôniers, de liturges, d'artisans, de présence en milieux populaires, et de " pionnières " dans les pays d'origine (Cameroun, Polynésie, Norvège) pour faire ressurgir dans les Eglises presbytériennes évangéliques ou luthériennes de ces pays la vie monastique, avec des formes variées de " diaconie ".

En France, les oeŒuvres et lnstitutions des Diaconesses de Reuilly (OIDR) ont comme noyau porteur la Communauté des Sœurs, un Conseil d'Administration de 24 membres (12 sœurs et 12 associés) présidé par le Pasteur Jean-Marc Viollet et une Direction Générale de 6 personnes autour du Directeur Général, Olivier Joël, chacun(e) avec de solides compétences. Les orientations médico-sociales d'origine demeurent les mêmes. Mais des établissements nouveaux nous ont rejointes. La gérontologie, les soins palliatifs sont des pôles importants dans la petite vingtaine de maisons qui constituent notre périmètre associatif actuel (Association 1901, RUP). Les Directeurs et la Communauté sont étroitement liés par des journées d'échange régulières et l'esprit qui habite nos lieux de prière et d'accueil spirituel circule bien d'une manière ou d'une autre dans nos maisons.

Ce qui est fondateur d'une vocation de Diaconesse, c'est d'être un chercheur de Dieu, d'avoir un esprit et un cœur grands ouverts, les pieds bien sur terre et de croire à l'utopie de la première Communauté chrétienne d'Actes 2 et 4 : " lls étaient assidus à l'enseignement des apôtres, à la fraction du pain et ils mettaient tout en commun ".

Dites-le à des jeunes femmes qui cherchent leur orientation de vie, quelle que soit leur formation professionnelle initiale. Il y a de la joie à suivre le Christ : le centuple, c'est vrai.

Par Soeur Evangéline, prieure de la Communauté


1) Diaconesse : en grec servante cf Rom.L 6

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Deuxième marche des jeunes protestants vers Meaux

Temple de NANTEUIL-LES-MEAUX

Des protestants en « pèlerinage » ?

Cette année a été le témoin de la deuxième transformation de jeunes protestants en « homo viator », l'homme voyageur. Les Samedi 17 et Dimanche 18 mai, a en effet eu lieu la deuxième édition de la marche des jeunes vers Meaux - Nanteuil, en suivant les méandres du canal de l'Ourcq.

Pourquoi Meaux me direz-vous ? Car, sans que cela se sache vraiment jusqu'à présent, Meaux fut le lieu des premières assemblées protestantes aux environs de 1520.

Cette démarche pourrait ressembler à un pèlerinage, mot plutôt banni chez les huguenots, et bien pourquoi pas ?... Mais le principal était surtout de se retrouver entre jeunes de 18 à 30 ans autour d'un projet, ponctué de moments "spi", comprenez spirituels, de casse-croûtes au vert et de pas mal de fou-rires. C'est ainsi qu'au terme de la première journée, Vincent (à la logistique), Tilia, Agnès, Gonzague, Matthieu, Jean-Marc, Jedi et Serge (de l'église d'Auteuil), Christian (son pasteur), Philippe (l'instigateur de l'opération) Cécile (de l'église de Cergy-Pontoise), Adeline (étudiante en première année de théologie et fréquentant la paroisse de Palaiseau), Bruno (des Batignolles) et Nicolas (le rédacteur venu de l'Etoile), ont été confortablement hébergés et accueillis en tout œcuménisme chez une famille catholique de Fresnes sur Marne, dans la ferme de Monsieur et Madame Bontemps. Au programme de la soirée : belote, pâtes au fromage, un dernier chant pour bercer les esprits remplis de paysages, puis extinction des feux pour une nuit réparatrice. Enfin, plus ou moins, selon les capacités respiratoires du voisin-ronfleur le plus proche... ce qui n'a pas manqué d'alimenter les conversations des victimes le lendemain !

Le temps a plus qu'été de la partie pour un week-end pourtant prévu orageux et, au terme de quelques ampoules aux pieds, le groupe a été félicité sur la ligne d'arrivée par le conseil presbytéral de Nanteuil-les-Meaux. Monsieur Mousseaux, devant un auditoire aussi content d'être arrivé au but que passionné, a exposé l'histoire bien méconnue des premiers pas du protestantisme en Brie et en France, le tout suivi d'un bon goûter bien salvateur.

Pèlerinage ou « itin'errance » comme marche pour démarche, la prochaine saison 2009 sera fraternelle, spirituelle et sportive, ou ne sera pas.

Rendez-vous est pris pour les 23 et 24 mai 2009 !

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Synode de l'ERF à Toulouse - mai 2008

Synode de TOULOUSE en mai 2008

Article de Nathalie Leenhardt, paru dans Réforme N°3271 (8-14 mai 2008)

SYNODE DE L'ERF. A Toulouse, délégués et invités ont réfléchi à l'avenir de Théovie,
aux orientations du Défap, à la place des régions dans la vie de l'Eglise.

Du local au régional

Ce fut l'un l’un des thèmes les plus intéressants abordés lors du du synode de l’Eglise réformée de France (ERF) qui s’est tenu la semaine dernière à Toulouse.
Même si, et c’est dommage, la question de l’articulation entre les niveaux local et régional n’a été abordée qu’en filigrane. Pourtant, elle semble aujourd’hui au cœur de l’évolution de l’Eglise. L’importance de la région a en effet été soulignée dans son rôle de créateur de nouvelles façons d’évangéliser. Motivées, inventives, les huit régions ont fait part de ce qu’elles avaient mis en place ici ou là. « La coordination interrégionale pour l’évangélisation (CIPE) va moissonner ce que d’autres ont semé », a commenté Corinne Akli, sa secrétaire permanente. Puis nous analyserons ces pratiques pour faciliter la transversalité entre les régions. Faire circuler les idées, signaler les projets qui pourraient être subventionnés par des fonds privés, tels sont quelques-uns des objectifs de la CIPE. A partir du 1er juillet, la CIPE, composée de neuf pasteurs et d’un laïc, sera animée par Guy Balestier, après le départ de Corinne Akli, qui souhaite retourner sur le terrain.

« La paroisse, le local demeurent le véritable lieu d'ancrage »

La formation est l’autre volet essentiel pour soutenir ces projets régionaux d’évangélisation, volet rappelé par Anne-Laure Danet dans ses cinq priorités (communication, formation de formateurs, modules de formation pratique, apprentissage du témoignage, pers-pective missionnaire des pratiques). La région semble en effet être passée d’un rôle essentiellement administratif à un stade beaucoup plus visible. Le pasteur Denis Heller, l’un des rapporteurs sur cette question, a souligné l’importance des rassemblements régionaux « qui rayonnent », des camps de familles, de jeunes, des moments « où l’on fait nombre et où l’on édifie ». Et de poser des questions qui n’auront pas été débattues : peut-on même aller vers le « quantitatif », « parler du nombre des sujets touchés ? », « comment passer du culturel au cultuel ? ». Pourtant, cette valorisation du niveau régional n’est pas sans poser des questions. Si elle sied au pasteur Christian Bouzy, président du conseil régional Cévennes-Languedoc-Roussillon (CLR), qui explique « la nécessité d’un tiers pour faire bouger dans les paroisses », elle pose question à d’autres délégués. « La région n’est pas en elle-même un lieu de vie. Elle ne peut exister qu’en pointillé, pour des grands événements ponctuels », souligne la pasteur Leila Hamrat, de Paris. « La paroisse, le local, demeurent le véritable lieu d’ancrage. » A ses côtés, Emmanuel Mourier, tout jeune pasteur à Saint- Agrève (Ardèche), dit l’enthousiasme qu’il a senti dans les projets régionaux mais s’interroge : comment le faire passer dans sa paroisse, très rurale ? Et tous deux de s’accorder sur la nécessité d’être vigilants sur les « recettes », tant l’ERF est composée de réalités si diverses, qui font « sa force et son intérêt ». Le message du synode national aux synodes régionaux, volontairement très théologique, est resté vague. Un signe « trop peu encourageant pour les régions, trop peu concret, trop formel et distant », aux yeux de ce délégué de la région CLR, déçu.

Théovie moins isolé

Evoquée également mais jamais vraiment abordée : la question de la diminution du nombre des pasteurs. Au 1er juillet, ils seront 25 à partir, départs compensés par 12 arrivées (dont huit proposants). « Il y aura donc treize ministres en moins en activité, dans un contexte où l’on manque déjà de pasteurs. Et les deux années à venir il y aura encore moins de proposants », a rappelé Bertrand de Cazenove, secrétaire général de l’ERF Faut-il s’en inquiéter ? Christian Baccuet, qui préside la commission des ministères, s’est montré rassurant en soulignant le caractère temporaire de la diminution des futurs pasteurs. Proposition a cependant été faite par le secrétaire général d’appeler « des serviteurs, jeunes ou plus âgés, à entrer dans des études de théologie ». Le synode n’a pas émis de voeu en ce sens. D’autres questions liées au ministère et posées par des délégués sont restées sans réponse : celle de la conjugalité - les pasteurs en couple doivent-ils être forcément mariés ? - ou du statut d’aides de pasteurs, appelés ici « diacres », là « chargés de mission ».

Puis sont venus les deux sujets qui attendaient des réponses précises : Théovie et le Défap. Concernant le service d’évangélisation et de formation en ligne, il a été réaffirmé dans sa double orientation. Il continuera à s’adresser à des personnes en recherche - sa vocation initiale - et sera un outil pour les Eglises locales - son utilisation réelle. Il lui faudra travailler beaucoup plus en relation avec les autres services de formation (IPT, service catéchétique, éditions Olivétan) mais aussi en collaboration avec la Communion protestante luthéro-réformée (CPLR), les Eglises romandes et belge. Ainsi Théovie sortira-t-il de son isolement La gratuité des modules est réaffirmée et un coup de frein est donné à de nouvelles productions, plus limitées, histoire de valoriser le très riche matériel déjà produit. Quant au Défap, il lui est demandé de rendre plus visibles les projets accompagnés, de rappeler ses « dimensions d’œcuménisme et de l’intercession, de justice économique, de répartition équitable des ressources, de développement durable qui sont les préoccupations des Eglises ». Christian Bonnet, son secrétaire général, est reparti ravi de ces encouragements.

Ouvrir des horizons, c’est ce qu’ont fait les différents invités étrangers, qu’ils soient rwandais, suisse ou canadien, en apportant leurs témoignages et leur souffle.

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Fréquence Protestante

FREQUENCE PROTESTANTE

Demander, chaque semestre, à tous ceux qui s’intéressent à Fréquence Protestante de manifester une fois encore leur générosité n’a jamais été pour nous une affaire de routine.

C’est bien parce que Fréquence Protestante ne peut tout simplement vivre sans l’apport essentiel que constituent les dons de ses adhérents comme des non-adhérents (un tiers de nos ressources l’an dernier) que nous vous lançons périodiquement des appels.

Vous répondez avec élan à nos appels, que vous soyez auditeurs fidèles ou occasionnels, amis proches ou lointains de notre radio, Eglises fondatrices de notre Association – sans oublier la Fondation Pasteur Eugène Bersier qui nous héberge généreusement depuis tant d’années. Nous avons une seule demande à vous adresser, une seule, mais forte : continuez !

Le Conseil d’administration de Fréquence Protestante

Veuillez adresser vos dons à : Fréquence Protestante - 1, rue Denis-Poisson – 75017 Paris – C.C.P. 2 364077 E PARIS- Tél. : 01 45 72 60 00 – FAX : 01 45 72 17 70 - www.frequenceprotestante.com

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Coréens et protestants

Corée du Sud - 45 millions d'habitants - Deux religions principales : Bouddhisme, environ 25% des habitants ; Christianisme, environ 25% des habitants ; Catholiques : 1 million ; Protestants : 10 millions ; - soit presbytériens : nombreux mais divisés en plusieurs églises concurrentes ; - soit méthodistes : 2 millions (environ 4500 églises).

Tous les dimanches après-midi, une communauté coréenne se réunit au temple de Boulogne. Le pasteur Song chang-Sub a volontiers accepté de nous la présenter et nous l'en remercions vivement.

Chaque dimanche, à Boulogne, plusieurs fidèles venus de la Corée se réunissent pour pratiquer le culte et chanter la gloire de Dieu dans une église réformée. Cette communauté, appelée Banseok (rocher), est une branche de l'église méthodiste de Corée qui existe depuis six ans en France. La plupart de ses membres sont des étudiants dans des disciplines telles que l'architecture, la mode, l'art, la littérature, la musique, la philosophie, l'histoire, etc.

Ces fidèles, si diverses soient leurs activités, se fondent au nom de la Foi dans une communauté harmonieuse. Au cours de l'année 2004, ils suivaient la parole : " Jugez si il est juste devant Dieu de vous obéir, plutôt qu'à Dieu " (Actes 4,19).

En Corée, où les Coréens eux-mêmes avaient introduit le christianisme à la fin du 18ème siècle, la tradition méthodiste fut présentée pour la première fois en 1884, lors de la visite du docteur R.S. Maclay, un missionnaire américain. Les chrétiens méthodistes coréens ne se sont pas consacrés seulement à l'enseignement religieux et, plus généralement, à l'information de la population, mais aussi à la réunification de deux branches de l'Eglise méthodiste qui avaient évolué différemment. Ils ont également pris une part active à l'indépendance de la Corée : ayant surmonté sa difficulté à être ressenti comme une religion étrangère, le christianisme a pris une attitude progressiste adoptée par ceux qui souhaitaient une modernisation rapide et une démocratisation du pays.

Aujourd'hui, grâce à une adaptation efficace, le christianisme a évolué et jouit en Corée d'une extraordinaire popularité ; de nombreux sièges de confessions religieuses s'y trouvent, ainsi le siège mondial de l'Eglise méthodiste, pourtant apparue en Angleterre. Enfin, le christianisme, essentiellement le protestantisme, est devenu la religion d'une grande partie de la population et a même commencé à envoyer des missionnaires dans d'autres pays comme par exemple l'Asie Centrale.

Les chrétiens coréens, croyant qu'il n'y a que la Foi qui sauve, étudient et respectent le message religieux et les enseignements de la Bible, et chantent les cantiques avec une sincérité extrême. Certains d'entre eux fréquentent l'église tous les jours.

Environ 15 000 coréens habitent en France actuellement et 90% d'entre eux se trouvent en région parisienne. Ils sont vraisemblablement issus d'une élite sociale dont le séjour se limite à quelques années. Les chrétiens coréens de France, y compris environ 2000 protestants, se retrouvent dans les églises, et parmi elles l'église méthodiste Banseok ; chantant des chorals, ils préparent une nouvelle année 2005 avec un verset de la Bible " Vous, soyez dans l'allégresse et réjouissez-vous en l'Eternel, votre Dieu " (Joël 2, 23). Les fidèles voudraient partager leur foi en Jésus avec les autres : pour cela, la porte de l'église est ouverte à tout le monde.

Entendez-vous la voix du chœur qui vous invite au pays de Christ ?

Pasteur SONG chang-Sub Eglise méthodiste coréenne en France

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Déclaration de foi de l'Église Réformée de France (1938)

Au moment où elle confesse sa foi au Dieu souverain et au Christ Sauveur,

L'Église Reformée de France

Éprouve, avant toutes choses, le besoin de faire monter vers le Père des miséricordes le cri de sa reconnaissance et de son adoration.

Fidèle aux principes de foi et de liberté sur lesquels elle est fondée,

Dans la communion de l'Église universelle, elle affirme la perpétuité de la foi chrétienne, à travers ses expressions successives, dans le Symbole des Apôtres, les Symboles œcumé-niques et les Confessions de foi de la Réforme, notamment la Confession de La Rochelle ; elle en trouve la source dans la révélation centrale de l'Évangile : Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle.

Avec ses Pères et ses Martyrs, avec toutes les Églises issues de la Réforme, elle affirme l'autorité souveraine des Saintes Écritures telles que la fonde le témoignage inté-rieur du Saint-Esprit, et reconnaît en elles la règle de la foi et de la vie ;

Elle proclame devant la déchéance de l'homme, le salut par grâce, par le moyen de la foi en Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, qui a été livré pour nos offenses et qui est ressuscité pour notre justification ;

Elle met, à la base de son enseignement et de son culte, les grands faits chrétiens affirmés dans l'Évangile, représentés dans ses sacrements, célébrés dans ses solennités religieuses et exprimés dans sa liturgie.

Pour obéir à sa divine vocation, elle annonce au monde pécheur l'Évangile de la repentance et du pardon, de la nouvelle naissance, de la sainteté et de la vie éternelle.

Sous l'action du Saint-Esprit, elle montre sa foi par ses œuvres : elle travaille dans la prière au réveil des âmes, à la manifestation de l'unité du Corps du Christ et à la paix entre les hommes. Par l'évangélisation, par l'œuvre missionnaire, par la lutte contre les fléaux so-ciaux, elle prépare les chemins du Seigneur jusqu'à ce que viennent, par le triomphe de son Chef, le Royaume de Dieu et sa justice.

À Celui qui peut,
Par la puissance qui agit en nous,
Faire infiniment au-delà de ce que nous demandons et pensons,
A Lui soit la gloire,
Dans l'Église et en Jésus-Christ,
De génération en génération, aux siècles des siècles ! Amen !
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Le protestantisme à Madagascar

Au commencement était la Parole...

Il est impossible de comprendre le protestantisme malgache, sa place et son poids actuels, sans se référer aux origines. Des origines qui, si l'on y pense bien, tiennent du miracle... mais après tout, n'est-ce pas là le propre de toute œuvre divine ? Des origines aussi qui se confondent avec les premiers pas du christianisme à Madagascar et avec l'histoire du pays depuis le XIXe siècle.

Premiers Européens à fouler le sol de la Grande Ile au XVIe siècle, les portugais avaient tenté d'implanter le christianisme sur le littoral du Sud-Est mais la greffe n'a pas pris. Toujours dans la partie Sud, deux prêtres catholiques, les Pères Nacquart et Gondrée, ont travaillé pendant près de vingt ans, entre 1648 et 1665, mais l'action n'a pas survécu à leurs auteurs.

Créée en 1795, la Société Missionnaire de Londres (LMS) était fermement disposée dès 1798 à inclure Madagascar dans son champ. Même conçue avec tâtonnement, la stratégie était claire : s'attaquer au centre mais pas à la périphérie, contrairement aux prédécesseurs catholiques ; prêcher la parole et non se focaliser sur les rituels, toujours contrairement aux prédécesseurs catholiques, ce qui de toutes les façons est en ligne avec le canon protestant.

... Il y eut un homme, envoyé de Dieu...

Il a fallu, cependant, attendre jusqu'en août 1818 pour que les deux pionniers gallois, David Jones et Thomas Bevan, débarquent sur les côtes malgaches. Il a fallu attendre octobre 1820 pour que le premier, ayant perdu en route sa propre famille et son frère d'armes décimés par la fièvre, arrive à Antananarivo et puisse entamer son travail d'évangélisation sous la protection et avec la bienveillance du roi Radama.

David Jones est arrivé en 1820 au cœur d'un royaume qui, parallèlement à une tentative plus ou moins acceptée d'unification de l'île, aspirait à sortir de son moyen-âge et à rentrer à grands pas dans la Renaissance puis dans le siècle des Lumières. La volonté de construire un Etat moderne et l'ouverture aux civilisations étrangères en furent le corollaire. Sur le plan culturel, la tradition malgache est basée sur la parole. Donc par nature, l'intelligence est verbale, l'art est vocal, la symbolique est parlée, les méthodes sont assises sur le discours, les rituels s'exécutent par des mots, l'éducation se magnifie par l'éloquence. Voilà un terreau qui était favorable à la prédication protestante. Sur le plan religieux, au-delà du culte des ancêtres qui relève plus du devoir de mémoire et du respect des aînés (5e commandement avant la lettre ?), les croyances locales reconnaissent la primauté de l'âme ("essence de l'être ", selon un proverbe bien connu) et invoquent un Dieu Un, créateur, désigné et appelé comme tel (ce qui n'était pas chose évidente quand on sait que sous certaines latitudes le concept et le nom de Dieu n'existent même pas et qu'il faut les inventer d'abord avant d'offrir en partage le Dieu chrétien). Les bases spirituelles malgaches n'étaient donc pas incompatibles avec la philosophie chrétienne.

C'est sur ces bases spirituelles convergentes que les missionnaires anglais ont pu greffer avec succès le protestantisme.

... La Parole a été faite chair ; elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité...

Sans aucun doute, la réussite du protestantisme reposait sur les Ecritures et l'écriture. Dans la lignée du précédent établi en 1522, année de la parution de la version allemande du Nouveau Testament et de la Bible traduite par Luther, les Ecritures devaient être traduites et publiées en malgache. Travail de romains et de fourmis, surtout quand on sait que l'écriture n'existait pas à Madagascar (en dehors de l'écriture arabe possédée par un cercle très fermé de devins et scientifiques originaires notamment du Sud-Est de l'île). Mais travail, ô combien utile, qui a permis à Madagascar au passage de se doter, après concertation entre le roi Radama et les missionnaires, d'un alphabet latin ramené à 21 lettres.

Les premières traductions et transcriptions en malgache de quelques passages furent commencées en 1824. En 1827, la totalité de l'Evangile de Luc était traduite, transcrite et publiée à 1500 exemplaires. En 1830, le Nouveau Testament tout entier est sorti des presses et diffusé à 3000 exemplaires. Le 26 juin 1835 (tiens, le même jour que l'indépendance de Madagascar 125 ans plus tard !), la totalité de la Bible était achevée d'imprimer. L'appétit des malgaches pour sa lecture ne se démentait pas (il faut reconnaître aussi qu'il n'y avait pas beaucoup de choix pour les nouveaux lettrés, c'était la seule littérature disponible en malgache).

L'intelligentsia ainsi que quelques membres de la cour du roi Radama étaient devenus mécaniquement chrétiens donc protestants (ou inversement). Se nourrissant de la lecture de la Bible, ils bénéficiaient par ailleurs des enseignements et des soins dispensés dans les écoles et les hôpitaux tenus par les missionnaires.

De fait, le protestantisme était porteur de valeurs de progrès et de modernité. Il a contribué à une restructuration rapide et profonde du pouvoir, de la société et de la culture. Cette forte imbrication n'a pas tardé à susciter une " contre-Réforme ".

... La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point accueillie...

Occupant le trône suite à la disparition de son mari Radama le 27 juillet 1828, Ranavalona Ire, sous la pression de nationalistes ombrageux, remettait en cause progressivement la liberté de religion et de culte dont bénéficiaient jusqu'alors les convertis au christianisme. La persécution commença en 1835. Tous les missionnaires étaient expulsés en 1836.

Ranavalona Ire = Louis XIV, Eglises primitives malgaches = Eglises cévenoles, l'analogie semble avérée. Les premiers protestants/chrétiens malgaches, traqués, pourchassés, subissaient déchéance de rang, perte de fortune ou, tout simplement, martyr et mort. Autrement, c'était la clandestinité, la fuite dans les provinces reculées, le repli dans les montagnes, les " assemblées du désert ".

... Mais à tous ceux qui l'ont reçue, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ...

25 ans de persécution qui, au final, n'ont fait que grandir et agrandir les chrétiens. L'absence des missionnaires étrangers a permis réellement aux malgaches de s'approprier les Ecritures (exemple, l'organisation des églises dans la clandestinité s'est tout bonnement inspirée des Actes). La dispersion forcée a permis d'étendre le rayon d'action de la Parole, avec comme hérauts non plus les missionnaires anglais mais des malgaches eux-mêmes (qui comme tout protestant, furent " papes une bible à la main ").

Ainsi en 1861, à la mort de Ranavalona Ire et à l'avènement de son fils Radama II, les chrétiens étaient nettement plus nombreux qu'au début de la persécution. Et à partir de là, leur croissance était devenue exponentielle, expansion s'appuyant toujours sur la lecture de la Bible. D'autant que d'autres missions étaient venues (courageusement, la reine sanguinaire n'étant plus là) renforcer (ou concurrencer) la Mission de Londres. Il s'agissait de la Mission norvégienne, celles des Friends, des Anglicans, des Américains et la Mission catholique romaine. Une sorte de Yalta a été signée entre les missions protestantes, attribuant la partie septentrionale de l'île à la LMS puis à la Mission Protestante Française (devenues plus tard FJKM, Eglise réformée presbytérienne malgache) et la partie méridionale à la Mission norvégienne (devenue plus tard FLM, Eglise luthérienne malgache).

L'antériorité et la domination de l'Eglise protestante ont été confortées lorsque la Reine Rasoaherina, qui a succédé à Radama II en 1863 ne cachait plus sa sympathie vis-à-vis de cette religion et avait les Ecritures comme livre de chevet. Ensuite, victoire totale, en 1868, lors du couronnement de Ranavalona II, la Bible remplaçait les amulettes païennes et le trône portait les inscriptions : Gloire à Dieu, Paix sur la Terre, Dieu avec nous. En 1869, le Premier Ministre Rainilaiarivony, calcul politique ou œuvre du Saint-Esprit (mais l'un n'exclut pas l'autre), se convertit et reçut le baptême protestant avec la Reine. Du coup, toute la cour et toute la haute administration devenaient chrétiennes protestantes.

... et nous avons contemplé sa gloire...

Le protestantisme presbytérien devenait alors non pas une religion d'Etat mais presque (n'a-t-on pas construit un temple dans l'enceinte du Palais de la reine ?). Son couplage avec les élites du pouvoir politique et économique et son côté chrétienté de lettrés n'ont pas été amoindris par la colonisation française.

Celle-ci a aboli en 1896, la Royauté, déposé la Reine et l'a exilée avec une partie de la cour et du gouvernement. Elle était porteuse de l'idée républicaine (au rabais puisque l'on est dans un pays colonisé) mais servait aussi de vecteur à un catholicisme virulent qui essayait de rattraper son retard sur le protestantisme. L'équation protestant = anglais, (donc anti-français) et catholique = pro-français, (donc vu d'un bon œil par l'administrateur colonial) avait cours. Des conversions forcées ou intéressées ont ainsi eu lieu, notamment parmi les fonctionnaires et notamment en brousse. Cependant, le noyau dur du protestantisme localisé dans la capitale a pu résister à cette deuxième persécution.

Aujourd'hui 44 ans après l'indépendance, sur une population de 17 millions, le protestantisme malgache (avec ses deux composantes réformée et luthérienne) c'est 5 millions de pratiquants recensés face à 3,5 millions de catholiques, 165000 anglicans et 271000 évangélistes, baptistes, pentecôtistes ou autres revivalistes. C'est 8500 paroisses dont 4000 réformées et 1700 pasteurs.

En 1979, pour faire face à une tentative de troisième persécution, cette fois-ci perpétrée par un pouvoir d'inspiration marxiste-léniniste, toutes les églises chrétiennes instituées (protestantes, anglicanes et catholiques romaines), en harmonie pour la première fois, se sont regroupées au sein du FFKM (Conseil des Eglises Chrétiennes de Madagascar).

Au-delà de ses démarches en faveur de l'oeucuménisme, ce Conseil assume depuis sa formation une fonction de contre-poids politique et de conscience morale de la Nation. Il ne se contente pas d'un rôle d'observateur ou de juge. Parfois, il agit pour favoriser les changements politiques. C'est le cas en 2001-2002, lorsqu'il a jugé utile de soutenir un nouvel homme fort face à un dictateur fatigué. Soutien bien inspiré, le nouvel homme fort n'est autre que le vice-président de l'Eglise réformée. Mais pas de panique, ni le christianisme ni le protestantisme, sa dénomination la plus ancienne à Madagascar, ne sont religion d'Etat.

Jaona Ravaloson

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Etude du langage religieux de G.W. Bush

Un certain nombre de chrétiens libéraux américains reprochent au président George W. Bush d'utiliser certains termes religieux susceptibles, à leurs yeux, de susciter des controverses. L'utilisation du langage religieux n'est pas nouvelle dans la politique américaine. Abraham Lincoln, le président le plus célèbre de la nation au 19ème siècle, parlait souvent de providence.

Mais certains critiques soulignent que l'emploi du langage chrétien évangélique par le président polarise le débat politique sur l'éventualité d'une guerre en Irak et met en danger la tradition américaine de séparation entre l'Eglise et l'Etat. Ceci a aussi été remarqué par les médias internationaux. " Le sentiment d'avoir la morale de son côté peut justifier des actes extrêmes. Il est beaucoup plus facile de vendre une guerre, par exemple, quand on prétend avoir la justification morale ", fait remarquer Elaine Pagels, spécialiste des religions à l'université de Princeton. " Lorsque vous présentez un conflit comme le peuple de Dieu contre le peuple de Satan, un côté peut anéantir l'autre. "

Pour C. Welton Gaddy, qui dirige le groupe chrétien libéral Interfaith Alliance, en utilisant ouvertement un langage religieux, George W. Bush " étouffe le débat ". Les leaders politiques américains " ne doivent pas entretenir l'illusion erronée qu'ils sont les prophètes de la volonté de Dieu ", souligne Welon Gaddy, en notant que de nombreux chrétiens des Etats-Unis sont opposés à ce qu'ils appellent la " politique étrangère motivée par la guerre ". " Quand tout prend un caractère absolu, le débat s'arrête, parce que d'un côté de l'argument, il y a la perception du mal ", a fait remarquer Welton Gaddy lors d'une conférence de presse du 11 février. Quand à Elaine Pagels, elle souligne que " le président emploie un langage moral pour tout simplement clore le discours politique ".

La journaliste Laurie Goodstein, dans un article publié dans le New York Times du 9 février, note que George Bush - qui considère Jésus comme son philosophe politique favori parce qu'il a changé son 'cœur ' - continue de parler et de diriger comme un " prédicateur ". La dernière édition du magazine allemand Der Spiegel le représente en couverture, devant une croix. " Dans le discours sur l'état de l'Union, George Bush a appelé les Américains se préparant à la guerre à placer leur confiance dans le 'Dieu d'amour, le Dieu de la vie entière, de l'histoire' ", écrit la journaliste. " Et lors du service célébré à la mémoire des astronautes disparus le 1er février, il a conseillé aux familles éplorées de chercher le réconfort dans la vie future. "

Lors d'une interview accordée à Laurie Goodstein, Michel Gerson, conseiller du président et auteur de ses discours, a expliqué que le langage religieux de George Bush n'était qu'un reflet de la réalité culturelle des Etats-Unis. " Il est impossible d'imaginer l'expérience américaine sans la vision morale de la réforme qui dérive de la foi. " Le porte-parole du président, Ari Fleischer, défend aussi l'utilisation de ce langage. George Bush, dit-il, parle " d'une façon très inclusive ", qui reconnaît que les Etats-Unis sont une nation " comprenant beaucoup de religions et de gens ayant choisi de ne pas avoir une appartenance religieuse particulière ". " Nous sommes tous égaux. Conformément à notre constitution, nous avons les mêmes droits. Et c'est ce que respecte le président ", a rappelé Ari Fleischer lors d'une réunion d'information à la presse, à la Maison-Blanche.

Pourtant, Welton Gaddy et les autres ne sont pas convaincus. " Il y a une distinction entre la religion civile de l'Amérique et le langage qu'emploie George Bush, qui se place d'un point de vue chrétien évangélique spécifique. Lorsqu'il parle en ces termes, il écarte des secteurs entiers de l'Amérique. Son discours implique un manque de perception de l'étendue du pluralisme religieux dans ce pays. " (ENI/Chris Herlinger )

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Pas de contamination microbienne interhumaine...

...en partageant une coupe de vin

Avec l'aimable autorisation de la revue LE CONCOURS MÉDICAL

Dans notre pratique protestante de la Cène, une coupe remplie de vin circule, et chacun y boit une gorgée. Cette pratique très ancienne véhicule-t-elle des germes (peut-on le mesurer ?) ? Du fait de l'ancienneté de cette pratique, s'il existait un risque réel de contamination, celui-ci serait connu et mis en évidence. Nous nous situons par ailleurs dans un domaine où la théologie l'emporte semble-t-il sur la biologie. Nombre de pratiques religieuses se sont révélées, à l'usage, comme d'excellentes mesures d'hygiène, et je ne pense pas que l'on puisse remettre en question, dans l'immédiat, celle-ci. Tout au plus peut-on recommander, mais d'un simple point de vue hygiénique, que les femmes qui participent à cette cérémonie ne portent pas à ce moment-là de rouge à lèvres. Pour la présence de germes sur le bord de cette coupe, il est bien certain que si l'on en cherche on en trouvera, mais, pour autant, cela ne signifie pas qu'un risque de contamination existe. Il me semble bon de rappeler que la cavité buccale est le siège d'une flore abondante, riche et variée, mais que cela n'a jamais remis en cause le baiser comme pouvant être un acte dangereux.

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Michel Bertrand, e-pasteur en ligne

Pendant une dizaine d'années, il a été de tous les combats de l'Eglise réformée de France (ERF), dont il a présidé le conseil national. Une tâche qui allait comme un gant à cet homme charismatique, dont le verbe puissant et la pensée éclatante faisaient de l'effet dans les médias. Mais la tradition du protestantisme veut que les hommes et les femmes de pouvoir retournent à la base une fois leur mandat achevé, histoire de prendre un peu le frais et de quitter leur piédestal.

En 2000, Michel Bertrand a donc passé la main. Aujourd'hui, à 56 ans, il rebondit. Le pasteur vient de lancer une formation biblique et théologique en ligne, appelée Théovie (www.theovie.org), une émanation de l'Erf . L'idée est de rejoindre chacun où il est, en lui permettant d'avancer à son rythme, et d'attirer les chercheurs de sens bien au-delà des cercles traditionnels réformés. Les débutants ou les confirmés en théologie feront leur miel des modules concoctés par le pasteur Bertrand et son équipe de chercheurs des facultés de Paris et de Montpellier.

Adaptant les techniques d'e-learning et d'apprentissage à distance, le pasteur Bertrand invente un lieu d'Eglise nouveau. Si les temples ne sont ouverts que pour les cultes du dimanche, l'e-mail et le forum de Théovie permettent, au contraire, de maintenir un dialogue permanent. Le théologien en herbe peut aussi demander à être accompagné par un tuteur, et participer à des week-ends de reprise de la formation. Un beau laboratoire de la vie chrétienne de demain, marquée par la diaspora et le dialogue des réseaux.

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Enseigner le fait religieux à l'école

Le rapport de Régis Debray satisfait tout le monde

" Comment comprendre le 11 septembre 2001, les déchirements yougoslaves ou la vie de Martin Luther King sans connaissances religieuses ? " C'est pour remédier à cette inculture que Régis Debray, le très médiatique intellectuel, a rendu un rapport sur l'enseignement du fait religieux à l'école.
" Manquer d'information religieuses rend strictement incompréhensible les tympans de la cathédrale de Chartres ou le Dom Juan de Mozart " renchérit Régis Debray. " Il ne s'agit pas de promouvoir un enseignement religieux mais un enseignement du religieux, laissant de côté la vérité ultime des religions. " " L'ignorance du passé et des croyances de l'autre est grosse de clichés et de préjugés " et peut même alimenter les " démons communautaristes " dénonce l'auteur de " Dieu, un itinéraire " paru en 2001 aux éditions Odile jacob. Définissant la laïcité telle que la République l'avait conçue il y a plus d'un siècle comme " un réflexe de sauvegarde de l'unité nationale " il affirme que la situation actuelle " autorise plus d'audace ". Il veut rassurer aussi bien les laïques pouvant y voir " le retour d'un cléricalisme masqué " que croyants craignant un " relativisme dénigreur ".

Pas une discipline en plus

Parmi les propositions de Régis Debray : un bilan de l'évolution des programmes de 1996 dans les collèges et lycées ; fini l'allègement des programmes d'histoire en seconde, qui font de l'étude du fait religieux une option ; le fait religieux devrait être enseigné désormais à travers les disciplines existantes : lettres, langues, histoire, philosophie, art et musique. Refusant absolument de lui donner une place à part, pour des raisons pratiques et éthiques, Régis Debray propose de profiter des nouvelles démarches pluridisciplinaires : itinéraires de découverte de collège et travaux personnels encadrés de lycées. En primaire, les nouveaux programmes, qui s'appliqueront dès septembre, mentionnent pour la première fois qu'en histoire les écoliers doivent apprendre " le passage de plusieurs dieux à un seul Dieu ".

Formation des enseignants

Le rapport Debray insiste sur " la nécessité d'armer intellectuellement et professionnellement les enseignants " et propose des modules " laïcité et religion " en formation initiale dans les IUFM et un stage national interacadémique en formation initiale dans dans les IUFM et un stage national interacadémique annuel dans le cadre de la formation continue. Le ministre de l'Education a, d'ores et déjà, confirmé un plan de formation des professeurs pour les préparer à " aborder le fait religieux sans complexes et sans maladresses ". A cet effet, un Institut européen en sciences des religions va être créé (CNRS, universités et centres de recherches privés - facs de théologie, Ecoles biblique de Jérusalem, Ifer de Dijon) qui sera piloté par le Ve section des sciences religieuses de l'Ecole pratique des hautes études, " tête de réseau ". " Nous avons en France une centaine de spécialistes des religions et environ 100 000 professeurs d'histoire, de langue, de philo et de lettres " constate Régis Debray, " il faut donc refermer les lames de ciseau par la mobilisation des chercheurs et la persuasion des enseignants ". Il prévoit aussi d'élaborer des outils pédagogiques adéquats (manuels, cédéroms) et d'évaluer ceux existants, avec audition, " en tant que de besoin " des représentants des religions et familles de pensée partie prenante au débat.

Réactions des responsables religieux

Le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France (FPF) : " C'est un bon premier pas. Je me retrouve totalement dans le refus d'en rajouter dans les programmes, et dans l'accent mis sur la formation des enseignants. Régis Debray a écrit que la laïcité n'est pas une option spirituelle parmi d'autres mais ce qui rend possible leur coexistence ; C'est une définition intéressante, car la reconnaissance par la laïcité de la place des minorités religieuses est la grande question des années à venir ".

Mgr Patrick Valdrini, recteur de l'institut catholique de Paris : " Inscrire dans un cadre laïque cette prise en compte du fait religieux dans l'enseignement ne gêne pas l'Eglise catholique, au contraire. L'idée d'un institut européen des sciences du religieux est excellente, nous sommes prêts à y travailler. Je comprends que l'Etat ne souhaite pas créer une matière nouvelle à l'école. Mais si l'on instille des mesures homéopathiques dans chaque discipline, on fait porter tout le poids sur la formation des enseignants. Cela ne va pas être facile ".

Le Rabbin Haïm Korsia, secrétaire du Grand Rabbin Sitruk : " Ces propositions mesurées vont dans le bon sens. L'école ne fait pas œuvre religieuse mais de culture générale. Le phénomène religieux est reconnu comme un des grands moteurs de la société. Mais il faudra trouver un moyen de validation des acquis des élèves. Je pense aussi que les religieux (imams,rabbins, prêtres, pasteurs) devraient participer à l'élaboration des programmes des IUFM ".

Accueil laïque favorable

Jean-Louis Biot du Comité national d'action laïque (CNAL) : " Le ministre a tenu d'emblée à lever toutes ambiguïtés et il a clairement affirmé qu'il s'agissait de traiter des religions comme faits de civilisation. C'est un rappel de principe mais il était nécessaire. "

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Table ronde : L'’image, lieu théologique ?

Plus de 150 personnes se sont retrouvées le 15 janvier à l'’Institut Catholique de Paris pour la table ronde organisée par l'’Institut des Arts sacrés de la Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses et l'’Eglise réformée de France à l'’occasion de la sortie de l’'ouvrage en allemand du pasteur Jérôme Cottin intitulé " Le regard et la Parole : une théologie protestante de l’'image " (Labor et Fides – 1994). Voici l'’introduction à cette soirée de Jérôme Cottin.

Jérôme Cottin :

L'’image, un lieu théologique ? Ce thème a été formulé sous forme de question. Mais faut-il garder ou supprimer le point d’'interrogation présent dans le titre ? Pour le catholicisme, l’'interrogation tombe : l’'image est un lieu théologique. Pour le protestantisme en revanche, le point d'’interrogation reste. Car on peut soutenir les deux thèses opposées, et répondre aussi bien par oui que par non : non, l'’image n’'est pas un lieu théologique, et oui, elle l'’est.

L’'image ne rentre pas dans le champ de la théologie ; la théologie est parole de Dieu et parole sur Dieu et non une image ou représentation ; quand le Nouveau Testament dit du Christ qu’'il est image de Dieu, " eikon thou theou ", c'’est en tant que Parole, Logos, qu’'il est image de Dieu, non en tant que figure représentée. Pour la Bible l'’image est une parole. Les Réformateurs ont souligné unanimement ce point : même pour Luther, qui est le plus favorable aux images, celles-ci relèvent des " adiaphora ", c'’est-à-dire des objets secondaires, indifférents à la foi. Et je ne parle pas de Zwingli et Calvin pour lesquels l'’image, c'’est l'’idole (encore qu’'il faille nuancer dans la mesure où ils ont plusieurs fois contredit cette définition).

Mais on peut soutenir la thèse inverse : l'’image fait partie du champ théologique. Il suffit pour cela de définir différemment le terme, finalement très flou d’'image. Si l’'on considère que l’'image, c’'est plus et autre chose que la mimesis platonicienne, que l’'icône orientale, que l'’image pieuse médiévale, que la fenêtre d’'Alberti, alors il s’'ouvre un champ immense ouvert à toutes les reprises théologiques possibles. Relèveront de l’'image : la sacramentaire, le symbolique, le corps ; tout ce qui constitue le non verbal. Des domaines qui, loin d’être périphériques, sont centraux, car ils concernent l’articulation de la théologie à l'’anthropologie. L'’art et l'’esthétique prendront naturellement leur place à l'’intérieur des différentes activités humaines ouvertes à la Parole de Dieu.

Ce n'’est pas tout. La théologie pense la foi de l'’Eglise dans le monde et pour le monde. Elle doit s’intéresser au paysage social et culturel qui nous entoure. Et là, l'’image est omniprésente, incontournable. Nous vivons toujours plus dans ce que Guy Debord et les situationnistes ont appelé " la société du spectacle ", c'’est-à-dire dans une société qui se donne à voir en produisant ses doubles iconiques. Penser théologiquement l’image signifie alors revendiquer une dimension sociale, éthique, politique même, de la théologie.

Enfin, ultime étape, qui est en train de naître sous nos yeux : l'’apparition de la communication numérique et du multimédia, c'’est-à-dire d’'un nouveau langage qui combine message visuel et message verbal. Nous assistons à une transformation de l'’écrit qui devient visuel. Par exemple, l'’icône n'’est plus pour nos contemporains une image pieuse revendiquée par le christianisme oriental, mais un signe linguistique numérique omniprésent sur nos écrans d'’ordinateurs. Nous assistons à une fracture entre différents messages écrits : entre l'’écrit et l’'écran.

L'’image, un lieu théologique ? Oui, à condition de penser la foi comme une double fidélité souvent en tension : fidélité à la Parole entendue – le Christ annoncé – et fidélité à la Parole visible, le Christ incarné.

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