Sébastien CASTELLION
1515-1563

Les grandes figures du Protestantisme n°15

Sébastien CASTELLION

D'origine savoyarde, Sébastien CASTELLION a fait ses études à Lyon, au collège de la Trinité. Il adhère très vite aux idées de la Réforme et, par crainte de la répression, quitte la France pour Strasbourg en 1540. Il loge quelque temps chez CALVIN, alors banni de Genève. CASTELLION est un érudit, excellent latiniste et hellénisant, qui taquine volontiers la muse. L'entente entre les deux hommes a dû être bonne puisque CALVIN, lorsqu'il sera revenu à Genève, le fera appeler pour diriger le collège de la ville. CASTELLION, à 26 ans, devient régent. Il se met à la tâche avec ardeur, et rédige des manuels qui mettent en vers latins et trans-posent en français des scènes bibliques. Mais les rapports entre CASTELLION et CALVIN vont se détériorer. Le nouveau régent est fougueux, indiscipliné, bouillonnant d'idées. Qu'il agace CALVIN est un euphémisme. Les sujets de mésentente sont multiples, si bien que CASTELLION demande à être relevé de ses fonctions : d'une part, on lui a refusé l'augmentation qu'il réclamait ; d'autre part sa demande d'accession au ministère pastoral a été rejetée pour un désaccord sur deux « points de doctrine » :

Le 14 juillet 1544, CASTELLION prend congé de Genève. On le retrouve à Bâle comme professeur de grec en 1553. Entre temps, il a été compositeur d'imprimerie, a écrit maints poèmes et traduit la Bible d'abord en latin, puis en français. Sa traduction française soulève des oppositions : dans le but d'être compris de tous, il en complique la lecture. Passe encore pour l'orthographe, mais il mélange le patois de Canaan et le patois bressan du 16e siècle - ainsi le baptême devient le « lavement » ; l'incirconcis « l'empellé ». Avec audace, il parle des « baillages » des Philistins, de la « gendarmerie d'Israël », des « satyres » des bois de Judée. Les Philistins sont ainsi répartis en cinq « baillages » ; les « Ebrieux » en douze lignées, et dès l'origine, ont des ducs et des barons. Quant à l'Hades, il l'appelle Pluton.

Mais c'est son Traité des hérétiques, publié sous le nom de Martinus BELLIUS, qui fera sa notoriété. Le 27 octobre 1553, Michel SERVET est brûlé au bûcher à Genève et son exécution soulève dans le monde protestant un long questionnement sur le châtiment des hérétiques. Il faut savoir que, si les chefs Réformateurs ne se sont pas opposés à la peine capitale pour SERVET, c'est qu'ils l'ont considéré non seulement comme un hérétique, mais comme un blasphémateur et même, selon BULLINGER, comme un « blasphémateur forcené ». CASTELLION passe aujourd'hui pour un champion de la tolérance que l'on oppose volontiers à CALVIN. Examinons son traité dans lequel perce son audace intellectuelle et son ouverture d'esprit. Dans son introduction, il s'oppose clairement au châtiment capital pour les hérétiques et explique pourquoi :

Néanmoins, la tolérance qu'il montre ne saurait être acceptée comme telle aujourd'hui car s'il refuse qu'un homme soit châtié pour son interprétation des textes, reconnaissant qu'il y a beaucoup de difficultés dans la Bible, il estime que le blasphémateur, celui qui nie Dieu et l'Écriture, doit être « livré au Magistrat pour condamnation ». Dans un traité beaucoup moins connu intitulé De l'impunité des hérétiques, il rejette totalement la libre pensée : « Nier Dieu, sa toute puissance, sa volonté, n'est pas une hérésie, mais un blasphème ». Le Magistrat devait en vérité punir les blasphémateurs non à cause de leur religion, mais de leur irréligion.

Liliane CRÉTÉ


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