Sola Fide - La Foi seule

Les grands principes du protestantisme n°4

La justification par la foi seule, pierre à justification par la foi seule, pierre angulaire du protestantisme et pierre d’achoppement avec l’Eglise catholique, est pour le réformé non seulement un principe de base mais encore une conception existentielle : en le proclamant Luther, et plus encore Calvin, changea l’homme. Remontons à l’origine.
Se fondant sur l’épître de Paul aux Romains, Luther affirme que le péché originel n’est pas effacé par le baptême ; il demeure présent dans l’homme et la réalité du péché domine toujours l’existence humaine. Même justifié, l’homme reste pécheur. Mais à l’homme sauvé par miséricorde, Dieu donne la foi qui seule permet l’acquiescement intime à l’amour de Dieu qui lui est offert en Jésus Christ. Et le Réformateur saxon avance ce principe qui marquera à jamais la tradition protestante : le chrétien reçu en grâce est, par la foi, tout à la fois juste, pécheur et pénitent : juste parce qu’il est justifié par la grâce divine ; pécheur parce qu’il a conscience que cette grâce est un don gratuit dont il se sait indigne, pénitent parce que le pécheur justifié devient soldat de Dieu. Commentant Romains 1,17, " la justice de Dieu est révélée ", Luther écrit :

" Ce qui se révèle dans les doctrines humaines et ce qui s’y enseigne, c’est la justice des hommes (elles entendent dire qui est juste ou le devient à ses propres yeux et aux yeux des hommes, et comment on est ou devient tel). Mais c’est dans le seul évangile que se révèle la justice de Dieu (il nous y est dit qui est juste et devient tel aux yeux de Dieu, et comment on l’est et le devient). C’est par la foi seule que cela se fait, la foi par quoi l’on croit à la Parole de Dieu. […] Car c’est la justice de Dieu qui est la cause du salut. Ici encore, la " justice de Dieu " ne définit pas une qualification propre de Dieu [vue] en sa personne, mais la justice qui, venant de Dieu, nous justifie ce qui a lieu par le moyen de la foi de l’Evangile. " (1)

Luther déclare donc que la foi que le chrétien reçoit par le Saint Esprit, est le lien qui l’unit au Christ, union que l’homme justifié mais toujours pécheur ne peut réaliser par lui-même. Peut-on dire alors que la foi est nécessaire pour permettre l’union avec Christ et que cette union forme la deuxième étape dans l’ordo salutis, après la grâce ? Ou bien, au contraire, le principe de sola gratia - sola fide n’est qu’une seule et même caractéristique du salut ?

La prose et la pensée théologique rigoureuses de Calvin devraient nous permettre d’y voir plus clair. Que dit Calvin ? D’abord que la justification par la foi est " le principal article de la religion chrétienne ". (2) Ce don divin seul permet de croire en l’existence de Dieu, et en la véracité des récits concernant le Christ, ou pour le dire autrement, la foi permet à celui qui l’a reçue non seulement de croire que Dieu et Christ existent, mais encore de croire en Dieu et en Christ. La foi est encore ce qui permet la régénération de l’homme.

Une fois la grâce reçue ? Oui si on part du principe que par la foi seulement nous pouvons participer à la grâce de Jésus Christ et aux " fruits qui nous en reviennent ". Calvin, au deuxième livre de l’Institution Chrétienne, montre clairement que toutes les causes du salut, y compris le don de la foi proviennent de la grâce qui est commencement et source. Commentant Ephésiens 1, 5-6, il écrit en effet que Paul " enseigne que Dieu nous reçoit en sa grâce par sa pure miséricorde ; que cela se fait par l’intercession de Christ ; que nous recevons cette grâce par la foi ; et que le tout tend à ce but, que la gloire de sa bonté soit pleinement connue. " (3)

Il y a bien enchaînement des causes. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que Calvin ne plaça jamais la grâce, la foi, la justice, la sanctification dans un ordre de valeur chronologique immuable et s’il affirma haut et clair que le don de la foi procédait de la miséricorde du Dieu tout puissant, il lui importa surtout de démontrer la passivité de l’homme dans le processus. Je crois alors que nous pourrions parler d’une double grâce : Dieu nous justifie, c’est-à-dire nous rend justes par pure miséricorde et non à cause de nos mérites, et il nous donne conjointement la foi pour que nous puissions " croire " en notre justification en Christ. La communion avec Christ, rendue possible par le don de la foi, est la preuve de notre élection. De plus, en permettant notre union au Christ, la foi procède à la régénération de l’homme, c’est-à-dire, qu’elle amène le rétablissement dans son intégrité première de l’image brouillée de Dieu que nous avions depuis la faute d’Adam.

Liliane CRÉTÉ


(1) Martin Luther, Cours sur l’Epître aux Romains (extraits) in : Œuvres, (Bibliothèque de la Pléïade), Paris, Gallimard, 1999, p. 9.
(2) Institution de la Religion Chrestienne…, 4 vol. Jean-Daniel Duboit, Paris, Vrin, 1957 III, II, 1
(3) ibid., II, XIV, 17.

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