Ulrich ZWINGLI
1484-1531

Les grandes figures du Protestantisme n°2

Ulrich Zwingli

Curé de Zurich, Ulrich Zwingli se rattachait au courant humaniste. II se référait volontiers à l'antiquité classique et étudia le Nouveau Testament dans sa langue originelle, le grec, ce qui l'amena à la conviction que les théologiens scolastiques avaient mal compris la Bible et en avaient faussé le message. Il accueillit avec enthousiasme les grands principes réformateurs de Luther et rompit avec l'Eglise catholique dès 1521. Toutefois, il développa des thèmes spécifiques, reflet de sa formation humaniste, qui finalement l'opposèrent au Réformateur saxon.

Deux ouvrages de Zwingli firent connaître l'originalité de sa pensée bien au-delà de la Suisse. Le premier, la Fidei Ratio, présentée à la Diète d'Augsbourg en 1530, a un caractère infiniment plus tranché, plus " protestant ", que la confession d'Augsbourg. Alors que Mélanchton cherchait à excuser le luthéranisme auprès de l'Empereur, Zwingli exposa et expliqua sans faire aucune concession ce qu'était la foi réformée. Mais la Fidei Ratio ne fut pas prise en considération par la Diète. L'année suivante, dans l'Expositio Fidei, qu'il adressa à François Ier, il réaffirmait sa position sur la Divinité, sur les Sacrements, sur la place des images, la rémission des péchés, la foi et les œuvres, menant la polémique tant contre le luthéranisme que contre l'anabaptisme.

Il attaqua les anabaptistes pour leur refus du baptême des enfants, leur affirmation que les morts sommeillaient jusqu'au jour de la Résurrection finale et leur position " séditieuse " sur l'organisation de la société. Il s'en prit aux luthériens pour leur christologie et surtout pour leur conception de la Cène. La question des sacremenis apparaît au cœur des préoccupations du réformateur de Zurich.

Examinons sa conception de Dieu : tandis qu'au centre de la théologie de Luther se trouve Jésus-Christ, Zwingli met l'accent sur la transcendance et l'altérité de Dieu qui est Esprit. Il affirme avec force(comme d'ailleurs Calvin) que Dieu seul est Dieu et qu'à lui seul l'adoration est due. Il refuse l'idée luthérienne d'un Dieu langé et crucifié. Les deux natures de Jésus-Christ sont pour lui unies, mais sans s'interpénétrer. C'est selon son humanité qu'il a été un bébé, a eu faim et soif et a senti " l'aigreur et l'âpre tourment de la mort " ; mais selon sa divinité, " il est invisible et n'est sujet à aucune passion ni affect ".

Venons-en à la Cène : d'abord, Zwingli fait disparaître le mot " messe "; le " sacrement de l'autel " est remplacé par la Cène, et la Cène, c'est la commémoration, par la communauté rassemblée, du dernier repas du Christ avec ses disciples qui " nous rappelle tous les biens et grâces que Dieu nous a donnés par son fils Jésus-Christ ". A la différence de Luther, il affirme que le Christ n'est pas corporellement présent dans le pain et le vin au moment de la communion , mais qu'il est présent dans le cœur, l'esprit et la vie de ceux qui les partagent, l'action du Saint-Esprit apportant et assurant cette présence avant même ce moment de communion parce que le chrétien prend la Cène non pour que Christ vienne en son cœur, son esprit et sa vie, mais parce qu'il y est déjà venu. Affirmer la présence du corps du Christ dans le pain, écrit-il, est un enseignement " non seulement frivole et vain, mais aussi plein d'infidélité, d'outrage et de blasphème ". Et s'appuyant surl'Ecriture (Jn 12, 8 ; Mt 26, 11 ), il déclare : " Le Christ, voix et sagesse de la Divinité a dit : Vous aurez toujours les pauvres avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours ". Cette parole nie seulement la présence corporelle : car, selon sa divinité, il demeure toujours là, parce qu'il demeure toujours partout, conformément à son autre parole : " je serai avec vous jusqu'à la fin des siècles "(Mt 28, 20).

Zwingli analyse Jean 6, 63

Oue dit Jésus ? " C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert à rien ; les paroles que je vous ai dites sont esprit et sont vie ".

Zwingli utilisa ce verset de l'évangile selon Jean pour réfuter la doctrine de Luther sur la présence réelle de Jésus-Christ dans le pain et le vin, ainsi que sur la manducation sacramentelle du corps du Christ dans la communion. En s'appuyant sur ce verset il allait démontrer " l'absurdité métaphysique " de la position luthérienne. Selon lui, cette absurdité était triple :

Premièrement : pour Zwingli, fortement influencé par la tradition humaniste et par Erasme, il était évident que l'Esprit était et serait toujours l'anti-thèse de la chair.

Deuxièmement : Jésus lui-même, ainsi qu'il était écrit dans ce verset de l'évangile selon Jean, rejetait clairement la manducation sacramentelle de son corps et de son sang.

Troisièmement : il lui paraissait évident qu'à cause de son ascension " corporelle " au ciel, Christ ne pouvait être " corporellement " présent dans le sacrement. Un corps ne pouvait être, en un temps donné, qu'à un seul endroit à la fois, dit-il. Si donc le corps du Christ était au Ciel à la droite du Père, il ne pouvait être présent dans les éléments eucharistiques.

Jean 6, 63 devint la clé herméneutique de la compréhension Zwingliene des paroles prononcées par le Christ lors du Dernier Repas. Pour Luther, les propos de Zwingli étaient sans rapport avec le sujet ; le Réformateur saxon estimait en effet, et il avait je pense raison, que Jean 6 traitait de christologie et non du sacrement de l'eucharistie.

Liliane CRÉTÉ


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