Wilfred MONOD
1867-1943

Les grandes figures du Protestantisme n°1

Wilfred Monot

L'été touche à sa fin. Nous avons tous goûté au farniente. Même pour les paroissiens demeurés dans la capitale. l'indolence en août a été la règle. Nous avons chanté à la gloire de la création, nous avons loué la grandeur d'un sabbat, et nous nous sommes reposés en la providence d'un Dieu bienveillant qui pare le lis des champs et nourrit les oiseaux du ciel.

Mais le temps de l'action est revenu. C'est pourquoi, pour lancer cette nouvelle rubrique de notre bulletin, j'ai choisi de vous présenter Wilfrid Monod qui se disait " fils du Réveil méthodiste ". Il ne voulait pas seulement proclamer le message chrétien, mais l'appliquer et ainsi, réformer, transformer l'homme et la société. Homme d'action résolu, inébranlable dans ses convictions, il réclama toujours du chrétien l'effort et s'opposa à toute attitude de soumission lâche et irresponsable : la double nature du Christ devait être porteuse d'une réalité et d'une promesse qui rassembleraient l'adoration et le service. Avant Dietrich Bonhœffer, il s'opposa à la " grâce à bon marché ". Ainsi, il déclara un jour : " J'ai en horreur la dévotion sucrée, la piété niaise et fade qui adule un Dieu complice de l'homme, un Dieu indulgent au pêché ". La prédication de Monod secouait les âmes, et réveillait les consciences. Il y invoquait très souvent le péché (1) - et les péchés. Le péché était pour lui le signe de la faiblesse de l'homme comme aussi de sa grandeur puisque le fait de se reconnaître pécheur était une des caractéristiques de l'homme par rapport à l'animal : " Pécher est, pour ainsi dire, la prérogative de l'homme et la marque de sa grandeur ; lui seul peut murmurer : j'ai péché ! parce que lui seul peut s'écrier : Mon Dieu. "

Il s'attaqua aussi à une certaine idée du Dieu créateur : " On a toujours cru au Dieu des étoiles. Ce n'est pas celui là que l'Evangile apporte ; il nous a révélé, non le Dieu des constellations géantes ou des molécules microscopiques, mais le Dieu des hommes. " Et le Dieu des hommes, c'était le Père du Christ crucifié. Sa pensée théologique était en vérité centrée sur la croix. Non en tant qu'invitation à la méditation et à l'introspection, mais comme un appel à l'action : " La Croix est la protestation permanente, irrésistible, absolue, contre l'égoïsme homicide ", écrivit- il dans Vers la justice. Et encore " Malheur à l'Eglise qui prêcherait un christianisme et une théologie, d'où la croix aurait disparu ! d'où l'on enseignerait une morale qui ne repose point sur la pratique de la croix ! " La Croix était ce qui devait nous entraîner à la lutte contre toutes les injustices. S'adressant un jour à des étudiants de théologie, il dit :" (...) la croix de Golgotha est l'éternelle apothéose de l'action ; car au service de l'Esprit saint, sauver, c'est agir, agir, c'est sauver ".

Il refusa le pessimisme, le défaitisme, la résignation : proclamer la Résurrection c'était proclamer la défaite des fatalités. " Un chrétien résigné à une prétendue nécessité, ici-bas, de la famine, de la peste, et de la guerre, - c'est un chrétien qui a soufflé sa lampe, un chrétien sans audace et sans joie ".

La prédication de Wilfrid Monod invite à l'action, à l'engagement, à la conversion , aujourd'hui comme hier. Alors, allumons nos lampes, et mettons nous à l'œuve. Et peut-être pourrions nous commencer par rejeter le discours douceâtre, uniformisant, de notre société, en nous montrant " politiquement incorrect ". La spécificité réformée n'a-telle pas été toujours de protester ? Amis d'Auteuil, sachons protester en secouant les consciences assoupies.

Liliane CRÉTÉ


(1) Paul et le péché:

Dans ses lettres, l'apôtre Paul ne parle pour ainsi dire jamais des péchés, qui sont nos fautes, nos manquements et nos désobéissances, mais du péché. La raison en est théologique : ce n'est pas le thème du pardon et de l'expiation qui occupe le centre de sa réflexion, mais celui de la libération par l'avènement d'un règne nouveau. Notons d'abord que Paul n'emploie jamais l'expression " péché originel " et qu'il ne se réfère jamais à une " chute " de l'hoome. On peut penser également que losrque Paul parle d'Adam, ce dernier ne représente pas l'humanité, mais un individu. C'est pourquoi il peut l'opposer à Jésus : l'un est le premier homme de l'ère ancienne; l'autre est l'homme de l'eschaton (l'ère dernière). Par l'un, le péché est entré dans le monde; par l'autre, la grâce et le don de la justice règnent dans la vie: " Car, comme par la désobéissance d'un seul homme beaucoup ont été rendus pécheurs, de même par l'obéissance d'un seul beaucoup seront rendus justes " (Rm 5, 19).

Mais qu'entend-on par péché ? Il semble que pour lui le péché désigne le refus que l'homme oppose à ce qui serait juste face à Dieu, et en premier le refus de se reconnaître créature et donc de reconnaître Dieu. C'est la convoitise fondamentale qui vise à se libérer de Dieu, à conquérir l'autonomie. Les hommes depuis Adam ont perverti la relation à Dieu, et ils sont inexcusables. " Car, ayant connu Dieu, ils ne l'ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont pas rendu grâce, mais au contraire, ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur coeur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. Se vantant d'être sages, ils sont devenus fous. " (Rm 1, 20-22)


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